11.01.2008

TOUS LES LIVRES LUS EN 2008

David Abiker, Le musée de l'homme, Paris, Michalon, 2005/Folio, 2007, 237 p. (lu par Daniel)
L'ouvrage relate des scènes de la vie quotidienne d'un père de famille métrosexuel (comme on dit), qui s'occupe d'un peu tout dans le ménage, y compris les enfants - sans forcément y trouver son compte. Le tout, sous la domination de son épouse: l'auteur affirme, avec le poète, que "la femme est l'avenir de l'homme", et que celui-ci a sa place... au musée du même nom. Parfois outrancier, l'ouvrage renvoie quelques images qui rappelleront quelque chose à certaines et certains d'entre nous. Le tout est écrit avec une certaine ironie, pas désagréable. A chacun d'y trouver ses petits...

Kathy Acker,
Sang et Stupre au lycée, éd. Laurence Viallet, 200 p. (lu par Bruno)
Voilà un livre qui ne laissera pas indifférent. La narratrice est une lycéenne américaine qui est envoyée par son père à New-York. De ce père, on apprend qu'il y a une relation incestueuse. Arrivée à New-York, l'adolescente plonge dans la drogue, le sexe et la violence. C'est un livre extrême, par une écrivaine qui, après avoir été censurée de nombreuses années, est devenue une auteure contemporaine majeure de la littérature américaine. Ce roman peut également se lire, à mon sens, comme le récit des fantasmes, des peurs et des frustrations d'une jeune adolescente. On est cependant en droit de trouver ce livre violent et par moment agaçant. C'est mon cas. Cependant, j'ai apprécié la variété de styles utilisés. Note : 10/20 Cf. ce lien vers une autre critique.

Vassilis Alexakis, Ap. J.-C., Paris, Stock. 2007, 391 pages (lu par Daniel)
Voyage initiatique ou réponse à une question posée? Le narrateur de ce récit s'en va, sur demande de sa logeuse Nausicaa, enquêter au sujet du Mont Athos afin de savoir s'il vaut la peine qu'elle lègue son importante fortune aux monastères qui s'y trouvent. Au fil des rencontres et des indications qui les dictent, il se retrouve embarqué dans une enquête quasi journalistique, très souvent éloignée de l'image angélique des monastères qu'on connaît. Au-delà des coulisses du Mont Athos, cependant, Vassilis Alexakis a voulu peindre ici, et c'est réussi, un tableau de la Grèce moderne, partagée entre son héritage philosophique et son patrimoine religieux, présentés comme insolubles l'un dans l'autre puisque la religion est le monde des certitudes alors que la philosophie est l'univers du doute. Rien d'idyllique donc... mais un roman d'une grande profondeur, d'une écriture très travaillée, qui sonne juste et étonne volontiers par de nombreuses anecdotes, primé qui plus est par l'Académie française.
A noter que j'ai rencontré hier l'auteur, à l'occasion d'une conférence - et juste avant, puisque nous étions dans le même compartiment du même train, et que j'étais en train de lire cet ouvrage.

Hervé Algalarrondo, L'archer du pont de l'Alma, Paris, Grasset, 2008, 236 p. (lu par Daniel)
Que feriez-vous si, un beau matin, votre corps ne vous répondait plus et se mettait à faire des gestes selon sa propre inspiration, sans suivre votre volonté? C'est ce qui arrive au personnage principal de ce roman, qui va finir par comprendre qu'il y a un dessein là-derrière: tuer quelqu'un au moyen d'un arc et de flèches, en plein Paris. Au-delà, c'est une sorte de révolution du corps qui se prépare. Ce roman est écrit dans un style classique mais efficace, qui captive et tient en haleine au gré de chapitres plutôt brefs mais bien structurés.

Cookie Allez, Le Masque et les plumes, Paris, Buchet-Chastel, 2005, 221 p. (lu par Daniel)
Dr Jekyll et Mr Hide revu à la sauce germanopratine contemporaine, avec un soupçon de surréalisme: un professeur d'université un peu terne choisit de prendre un pseudonyme pour se lancer dans une carrière d'écrivain à succès. Le succès finit par dépasser le professeur, tout comme le personnage créé autour du pseudonyme. Schizophrénie? On est un peu dans ce trip-là, avec un personnage principal savamment sculpté et une certaine rouerie dans l'intrigue. Et seule la fin révélera qui fait la peau de... qui, déjà? Alerte, agréable, bien construit, un petit roman qui marche à fond, bien dans le style qu'affectionne l'éditeur, avec un regard acéré sur le cénacle artistique parisien.

Jean Amila, Jusqu'à plus soif, Gallimard, 1962/Folio, 2005, 269 p. (lu par Daniel)
Par où commencer? Marie-Anne, jeune institutrice bardée de principes, est affectée à un petit village de Normandie. Elle va se retrouver confrontée de plein fouet au problème de l'alcoolisme local, puisque là, tout le monde picole et protège le business du calvados et de l'alcool, dès sa plus tendre enfance. Elle fait ici la connaissance de contrebandiers, à l'instar de Pierrot, qui collabore avec les gros bonnets locaux et parisiens; de l'autre bord, il se trouve qu'elle est parente avec Augereau, flic de son métier, que les contrebandiers font volontiers tourner en bourrique. Bref, y'a de l'action dans ce roman qui se dévore et rappelle, dans plus d'une page, les films policiers français contemporains: pour un peu, on croirait voir la gueule inoubliable de Jean Gabin au détour d'une page...

Joan Aractingi, Des Hamsters et des hommes, éd. Filaplömb, 22 p. (lu par Bruno)
Les éditions Filaplömb publient exclusivement des nouvelles. Il faut soutenir cette petite maison d'édition audacieuse et de qualité ! Merci à Daniel de me l'avoir fait découvrir ! Cette nouvelle suit trois colocataires et parmi ceux-ci la jolie Laura qui débarque dans la vie du narrateur en compagnie de ses hamsters. Attention les dégâts ! Note : 15/20






Patrick Artus et Marie-Paule Virard, Globalisation, le Pire est à venir, éd. La Découverte, 165 p. (lu par Bruno)
Un livre déprimant à souhait comme on peut le deviner, mais aussi très instructif et à lire pour garder les yeux ouverts sur les dangers extrêmes du Libéralisme économique. Ce livre sorti durant le premier semestre 2008 fait le point sur la crise financière déclenchée par les "subprimes" américains, ces prêts immobiliers à risque. Contrairement aux affirmations rassurantes ici ou là dans la presse, les deux auteurs (pas des novices, ni non plus des communistes aguerris : P. Artus est expert pour Natixis et MP Virard a été rédactrice en chef de la revue économique Enjeux-Les Echos) mettent en garde le public : cette crise financière n'est pas un épiphénomène qui se resolvera de lui-même mais bien la preuve d'un embalement du libéralisme. On apprend ainsi qu'après la bulle de l'Internet (1995-2000), a suivi celle de l'immobilier (2000-2007) puis la bulle sur les matières premières et le pétrole, bien plus dangereuse. Pire, d'autres bulles financières, toujours plus importantes et dangereruses risquent d'advenir si des freins ne sont pas mis en place. Le libéralisme est une machine folle qui demande toujours plus, au risque de mettre en danger la terre elle-même (un ex président de Citigroup déclarait durant l'été 2007, dans une boutade amère : "Tant que la musique joue, vous devez vous lever et danser..."). La qualité de cet essai est qu'en plus d'être concis et (relativement) simple, les auteurs expliquent pédagogiquement les principales notions de la finance et de son fonctionnement : que sont les subprimes, qu'ont apporté les accords de Bâle II, qu'entend-on par "fonds souverains", que recouvre la liquidité mondiale. C'est si intéressant que l'on regrette presque de ne pas en savoir plus. Bref, un parfait livre de vulgarisation que je vous conseille. Note : 18/20

Pierre Autin-Grenier, Friterie-bar Brunetti, Paris, Gallimard/L'Arpenteur, 2005, 99 pages (lu par Daniel)
Un tout petit livre qui traînait chez moi depuis un bon moment... et aussi un instant savoureux. Pierre Autin-Grenier joue les auteurs qui doivent des textes à tout le monde pour justifier la teneur de son propos: un véritable hymne aux bistrots de quartier à l'ancienne. Sa langue est gouleyante comme un verre de Beaujolais bien frais, et gouailleuse comme un garçon de café parisien. Elle se met au service d'une défense et illustration des vieux cafés où tout le monde se connaît, où les plats sont simples et roboratifs et où l'ambiance ressemble à un grand voyage en chambre. Des cafés qui sont en voie de disparition, supplantés par des filiales d'assurances ou de banques - ce qui révolte le narrateur, qui finit par en appeler à la révolution...

Andrea Bajani, Très cordialement, Paris, Panama, 2005, 102 p. (lu par Daniel)
Avec énormément de poésie volontiers tragi-comique, l'auteur offre ici un certain regard sur l'entreprise en rapprochant l'ex-directeur commercial, licencié par lettre, et son successeur, chargé dans un premier temps d'écrire des lettres de licenciement. La mort est ici utilisée comme métaphore du licenciement, et vice versa. Et ce petit roman comprend de nombreuses allusions à toute l'hypocrisie d'une certaine pratique des ressources humaines. Ah - et en plus, ça se lit bien, et les personnages sont plutôt attachants.

James Graham Ballard, Millenium People, Paris, Denoël, 2005/Folio, 2006, 475 p. (lu par Daniel)
Révolution chez les classes moyennes aisées: celles-ci en ont marre de devoir se saigner aux quatre veines pour tout et n'importe quoi. Le psychologue d'entreprise David, personnage principal, se trouve emballé dans cette histoire parce qu'il se trouvait sur les lieux d'un attentat (un aéroport) où son ex-épouse a perdu la vie; c'est pour elle qu'il enquête. L'idée de départ est certes bonnes, mais le récit m'a paru assez froid. Pas un souvenir impérissable, donc.

Russell Banks, De beaux lendemains, éd. Actes Sud, 253 p. (lu par Bruno)
Dans une petite ville de l'Etat de New York, un bus scolaire a un accident de la route, provoquant la mort d'une dizaine d'enfants. Cet accident et ses suites sont racontés par quatre personnages : la conductrice du bus, l'avocat chargé de représenter les victimes, un veuf inconsolable qui a perdu ses deux jumeaux et une adolescente rescapée mais qui a perdu l'usage de ses jambes. Un roman poignant sur le deuil, la culpabilité, la souffrance et, finalement, le pardon et le retour à la vie. Ce livre a été adapté au cinéma.

Muriel Barbery, L'élégance du hérisson, Gallimard, 356p. (lu par Catherine)
Une gardienne d'immeuble ordinaire. Elle se fait passer pour une gardienne d'immeuble ordinaire bête et méchante, ce qu'elle n'est pas (elle est une femme douée de raison, et d'intelligence). Elle s'intéresse à l'art, à la littérature, à la culture en général.. sans le dire... mais un voisin, japonais la repère... s'ensuit une histoire d'amitié (ou plus si affinités ?). Parallèlement à cela, la vie d'une pré-adolescente (dans le même immeuble), supra-intelligente aussi, que le monde dégoûte, et qui préfère se donner la mort plutôt que vivre la vie de ses parents... (j'abrège un peu mais bon...) Très bon !

Muriel Barbery, L'élégance du hérisson, éd. Gallimard, 360 p. (lu par Bruno)
Le best-seller surprise en France en 2007, grâce à un bouche-à-oreille amplement mérité. L'histoire ? La vie d'un immeuble parisien du 7 rue de Grenelle raconté par deux narratrices : une gamine de 12 ans surdouée qui a choisi de se suicider d'ici un an et une concierge qui prend soin de cacher son goût pour les arts, la culture et la littérature. Ces deux personnages comme le reste de la faune de l'immeuble vont être transformés par l'arrivée d'un nouveau résident, un Japonais. Un livre plein d'humanité qui se lit comme du petit lait. Note : 17/20

François Bégaudeau, Entre les murs, Paris, Verticales, 2005, 271 p. (lu par Daniel)
Le portrait sans fard d'une année scolaire, vu par un professeur de français enseignant dans un lycée "difficile" de Paris. Tout cela flotte entre désenchantement, cynisme, hypocrisie, etc., dans un univers où le professeur se fait bien plus souvent garde-chiourme que révélateur de talents. Reste que ça se lit bien et que c'est très riche, avec en particulier un travail approfondi sur la langue des dialogues. Et puis, ce petit livre prend soudain une actualité indiscutable! Commentaire développé ici: http://fattorius.over-blog.com/article-20147491.html

Pierre Bellemare, Jean-François Nahmias, Ils ont osé 40 exploits incroyables, 503 p. (lu par Sandrine)
C'est du Pierre Bellemare, un livre loin d'être ennuyant, racontant l'histoire ou un épisode de vie loin d'être ordinaire. Agréable à lire.

Tonino Benacquista, Malavita, Paris, Gallimard, 2004/Folio, 2005, 375 pages (lu par Daniel)
"Malavita" fait partie de ces bouquins qu'on ne lâche pas facilement une fois qu'on s'est lancé dans leur lecture. L'histoire, en deux mots? Ce roman raconte le récit d'une famille dont le papa est un mafieux repenti, domicilié incognito dans le bocage normand, caché par la police américaine, après qu'il a débiné tout le monde, mettant en péril l'existence même de la Cosa Nostra aux Etats-Unis. Naturellement, tous les membres de la famille (Papa, Maman, la fille et le fils) font leur lot de bêtises permettant à un esprit aiguisé de les retrouver. Ce qui ne manquera pas d'arriver - d'où grabuge dans le bocage. Tonino Benacquista fait à nouveau montre d'un talent: celui de laisser fermenter une situation, de mettre en place ses éléments avant de tout faire sauter dans un feu d'artifice colossal et dément. Remarquez, avant même le feu d'artifice final, c'est parfois dément... donc excellent! A noter qu'une suite vient de paraître chez Gallimard.

Julien Bouissoux, Voyager léger, Paris, L'Olivier, 2008, 177 p. (lu par Daniel)
Ce petit roman relate une tranche de vie dont Tristan Poque, un écrivain de romans populaires jouant avec ses pseudonymes, est le centre et le narrateur. Le lecteur le suit dans ses pérégrinations parisiennes et dans ses pannes d'inspiration, jusqu'au moment où un défi insolite lui permet de renouer avec l'écriture d'une authentique littérature. Cet ouvrage écrit en roue libre se déguste sans faim, invitant le lecteur à voyager léger... comme le narrateur reste léger dans son propos.

Clémence Boulouque, Chasse à courre, Paris, Gallimard, 2005/Folio, 2007, 274 pages (lu par Daniel)
Avec "Chasse à courre", Clémence Boulouque explore le petit monde mal connu des chasseurs de têtes - ceux qui usent de tous les moyens pour trouver la perle rare qui manque à l'encadrement supérieur de telle ou telle entreprise. Son personnage principal fait figure d'arriviste, brillant, nommé associé de la direction de son employeur à peine passée la trentaine - mais fortement à la peine dans ses amours. Le style est résolument moderne et incisif, efficace, rapide.

Ivan Bounine, Tchekhov, Monaco, Editions du Rocher, 2004, 211 pages (lu par Daniel)
L'écrivain russe Ivan Bounine a fréquenté de près l'auteur Anton Tchekhov. Au terme de son existence, il décide d'écrire un ouvrage en forme d'hommage sur son illustre prédécesseur. Celui-ci est resté au stade d'ébauche, mais largement assez avancé pour permettre une lecture agréable, quoique pointilliste et fragmentaire. Un bémol toutefois: Bounine dépeint un univers qui nous est largement inconnu, celui des écrivains et auteurs russes. Résultat: en dépit des notes de bas de page pour situer les personnes, on se sent souvent un peu lâché dans l'abstrait. A noter, enfin, que cet ouvrage est enrichi de lettres de Mme Avilova, qui a été très, très proche de Tchekhov.

Pierrick Bourgault, D'amour et de vins nouveaux, Beauvais, L'iroli, 2007, 169 p. (lu par Daniel)
Pierrick Bourgault conjugue vin et érotisme au gré de seize nouvelles sensuelles, souvent pleines de soleil, avec des chutes souvent bonnes et des ambiances toujours justes. Le recueil gagne encore en cohérence du fait de la récurrence de certains personnages. Le résultat est charmeur, et bien écrit, ce qui ne gâche rien. Commentaire développé ici: http://fattorius.over-blog.com/article-20177456.html

John Boyne, Le garçon en pyjama rayé, 203p. (lu par Catherine)
L'histoire d'une rencontre entre deux garçons, l'un du bon côté de la barrière, l'autre du mauvais... un dénouement inattendu... je n'en dis pas plus... Sauf que c'est assez tragique... A consommer pas avant douze ans... Mais un livre que je recommande, même aux adultes !

Philippe Beaussant, Stradella, Folio, 2001, 374 p. (lu par Daniel)
Entre roman, causerie et biographie, le musicologue retrace ici quelques épisodes hauts en couleur du compositeur italien Alessandro Stradella. Le lecteur découvre ainsi de belles histoires d'amour et d'aventures, mais aussi le verbe confidentiel d'un auteur qui se souvient et raconte sa propre existence et les vicissitudes de la création, tressant habilement le vrai et le faux. Travestis, bretteurs, barbons: on se croirait dans un opéra.


Ray Bradbury
, L'homme illustré, éd. Denoël, 336 p. (lu par Bruno)
Peu d'auteurs de science-fiction peuvent se targuer d'être étudiés dans les écoles et les universités. Ray Bradbury fait partie de ceux-là. Ce recueil de nouvelles n'est pas le plus connu de l'auteur des Chroniques Martiennes ou de Farenheit 451 ; ce sont sont cependant de purs joyaux à découvrir ou redécouvrir. Le recueil commence et se termine par deux nouvelles, plus un épilogue, dont le personnage principal est un étrange homme dont les tatouages prennent vie et prédisent l'avenir. Entre ces deux nouvelles, le fil rouge du recueil, 17 histoires nous racontent des destinées tour à tour terrifiantes, passionnantes ou poétiques : dans "La Broussse", des parents ont acquis en guise de salle de jeux pour leurs enfants une machine en 3D capables de créer n'importe quel univers ; dans "Kaléidoscope", des astronautes sont projetés dans l'espace et vivent leurs derniers instants ; dans "Comme on se retrouve", les habitants de la planète Mars sont des Noirs émigrés qui voient un jour débarquer des Blancs rescapés d'une guerre thermonucléaires et qui implorent leur hospitalité ; dans "La Pluie", des militaires doivent se mettre à l'abri d'un ennemi mortel et insaisissable ; dans "Le renard et la forêt", un couple de fugitifs fuient la dictature de leur monde grâce à un voyage dans le passé ; dans "La ville", une des nouvelles les plus terribles, des explorateurs découvrent une cité extraterrestre déserte ; dans "L'Heure H", une merveille d'histoire terrifiante, la vie d'un quartier est troublée par des jeux peu innocents d'enfants. Il faut enfin citer "La fusée" qui conclut dans le rêve et la féérie ces 17 nouvelles passionnantes. Note : 18/20

Jean-Paul Brighelli, La Fabrique du Crétin, Paris, Gawsewitch/Folio, 2005, 196 pages (lu par Daniel)
Un livre qui a dû faire des vagues lors de sa parution; les enseignants qui fréquentent cette confrérie doivent en avoir entendu parler. Il s'agit en effet d'une analyse/d'un constat alarmant sur l'état de l'école en France, à tous les niveaux, avec l'assertion qu'on prépare finalement les jeunes à devenir des êtres taillables et corvéables à merci par le Grand Kapital. On est avant tout frappé par le fort conservatisme, pas toujours de mauvais aloi s'entend, véhiculé par ce petit ouvrage qui adopte le ton du pamphlet, ce qui en fait la force... mais aussi la faiblesse, puisque l'outrance, les imprécisions (de la préface au corps du texte, on passe de 80% de réussite au bac à 80% d'une classe d'âge qui a le bac, ce qui n'est pas pareil) et les arguments douteux (vraiment, on ne veut plus de personnes hautement qualifiées? J'ai entendu dire que justement, plus il y en avait, plus on pouvait faire pression sur leurs salaires...) affaiblissent le propos. Celui-ci est cependant soutenu par un verbe musclé, et le tout, à la fin des fins, peut inviter à réfléchir.

Dan Brown, Forteresse Digitale, éd. JC Lattès, 450 p. (lu par Bruno)
Ce premier roman de Dan Brown suit les aventures aux USA et en Espagne d'une jolie cryptographe et de son petit ami en lutte contre des malfaisants prêts à tout pour mettre à mal un supercalculateur de la NSA grâce à un code incassable. C'est improbable au possible et pas du tout de la même veine que le Da Vinci Code. A éviter. Note : 8/20

Larry Brown, 92 jours, Paris, Gallimard, 2001/Folio, 2003, 136 p. (lu par Daniel)
Encore une découverte à deux euros. Ce petit livre, grosse nouvelle ou bref roman, relate trois mois de la petite vie d'un écrivain qui lutte pour se faire publier et pour boire de la bière. Pour l'aider (ou pas), il y a l'agente artistique Betty, son ex-femme qui le pressure pour qu'il verse une pension alimentaire dont il n'a pas le premier centime, Monroe qui lui passe du travail de temps en temps. Un petit roman où il ne se passe pas grand-chose, mais qui s'entend à merveille pour camper les ambiances lourdes des après-midi surchauffées du sud des Etats-Unis.

Pascal Bruckner, L'amour du prochain, Paris, Grasset, 2004, 348 p. (lu par Daniel)
Le jour de ses trente ans, Sébastien, énarque et diplomate prometteur, décide de changer de vie et de glisser lentement dans le monde de la prostitution et du stupre, désireux d'offrir un supplément de bien et d'amour au monde. D'abord simple gigolo recevant dans un studio, il se retrouve sur une pente savonneuse qui le conduit entre les mains de la mafia balkanique, après l'avoir conduit à rompre avec tout ce qui faisait sa vie antérieure, travail, famille, amis. Arrivé au fond du bac, il demande l'aide de ses anciens amis, qui le tirent de ce mauvais pas qui a duré dix ans... mais qui tire les ficelles? Pascal Bruckner signe ici un roman immoral, où le christianisme (le titre annonce la couleur) et le mysticisme côtoient le stupre et la fornication. Et le pire, c'est que c'est vachement bien écrit...

Eric Brunet, Etre riche, un tabou français, Paris, Albin Michel, 2007, 253 p. (lu par Daniel)
Dans un ouvrage aux allures de pamphlet mâtiné d'étude sociologique, Eric Brunet décortique le complexe rapport des Français à l'argent et, en particulier, à la richesse. Il analyse en particulier le sentiment de culpabilité qui existe selon lui dans ce contexte, et met en évidence les comportements que cela engendre - le tout, sur le ton docte d'une émission de "Capital" ou "Zone Interdite" sur M6.

Serge Brussolo, La maison des murmures , 327 p. (lu par Bernadette)
Une mystérieuse maison écroulée lors d'un tremblement de terre et un soit disant fantôme enfermé dans les silos où sont stockés les gravats. Suspense garanti!!

Nicole Caligaris, Okosténie, Paris, Verticales, 2007, 307 p. (lu par Daniel)
Deux prisonniers d'un régime sans visage se retrouvent dans une même cellule: le narrateur et le 53. Ce dernier va raconter sa vie à l'autre, par bribes correspondant à la lucidité qui lui reste entre deux séances de torture. La vie à l'extérieur est-elle enviable? Nicole Caligaris offre ici un roman long et poignant, parfois escarpé, toujours poétique, sur le caractère indicible et innommable du mal, ainsi que sur ce que la vie humaine peut avoir de dérisoire.

Jean Cau, Le Candidat, Vevey, Xenia, 2007, 96 p. (lu par Daniel)
Témoignage précieux de Jean Cau, candidat à l'Académie française. On a droit à tout: ses états d'âme face à son prédécesseur, ses idées pour un futur éloge, le compte rendu de ses visites aux Immortels en place. Le tout est vif, haut en couleur, bouillant même. Et comme c'est un petit livre, c'est vite lu... Préface d'Alain Delon.

Hannelore Cayre, Ground XO, Paris, Métailié, 2007, 137 p. (lu par Daniel)
Prenez un avocat véreux et jetez-le dans le business du cognac, à la suite d'un héritage. Vous verrez que le breuvage va rapidement mal tourner! L'auteur met en scène, en un bref récit - trop bref peut-être - le repositionnement d'une marque familiale de cognac en une grosse entreprise supposée vendre ses produits à un public plus large et plus interlope. D'où de nombreux contacts avec une faune peu recommandable, et quelques couplets sur "la faute de la société". Elle-même avocate, l'auteur parvient à camper un personnage principal relativement crédible (même s'il n'a pas le genre qu'on attend de lui - on est loin d'Ally McBeal!), et à placer quelques éléments de métier au fil du récit. Une lecture agréable, rapide, divertissante... et désaltérante par endroits.

Peggy Chabanole, Vous aimez les histoires?, Feurs, Claude Bussy, 2008, 65 p. (lu par Daniel)
Un bref recueil de nouvelles qui se lisent sans peine, évoquant les destins de gens ordinaires. De quoi passer un beau moment avec une "biche" anorexique, quelques amis voyageurs, un enfant à naître. Le tout, en mode majeur: le plus souvent, tout est bien qui finit bien.

Sorj Chalandon, Une promesse, Paris, Grasset, 2006, 274 p. (lu par Daniel)
Comment dire... au début, on se demande vraiment dans quoi on se plonge. Et qu'est-ce que c'est que cette promesse? Il faut laisser au livre le temps de s'installer (heureusement, ça se lit vite): il a toutes les réponses. Au final, ça donne une belle histoire de secret de village, qui fonctionne et se révèle peu à peu, dans une forme assez originale qui fait alterner le passé et le (quasi) présent.

Apsley Cherry-Garrard, Le pire voyage au monde, Paris, Paulsen, 2008, 646 p. (lu par Daniel)
Membre de l'expédition qui mena Robert Falcon Scott au Pôle Sud entre 1910 et 1913, Apsley Cherry-Garrard relate ici cette odyssée dramatique qui vit la mort de valeureux pionniers, en plus de celle de nombreux animaux. L'expédition s'avère très difficile, le matériel n'est pas toujours adapté, Amundsen dépasse tout le monde, la météo se ligue contre l'équipe de scientifiques... qui ne perd jamais le moral et continue de garder, de bout en bout, un style très "gentleman", avec le thé de rigueur. Cet ouvrage est écrit de manière très vivante et humaine, et dresse de saisissants portraits des participants à l'aventure, humains ou animaux. Il est, enfin, illustré des photographies de l'expédition et des aquarelles de Wilson, également du voyage.

Bruno CHIRON, Iphigénie d'Europe, possédants et possédés, 159 p. (lu par Sandrine)
Un petit plaisir et je sais déjà ce que vous allez dire. L'auteur est un membre de la confrérie, et en plus mon frangin (quelle fierté !). Oui oui, je sais mais ça ne m'empêche pas d'être objective, je vous assure. Outre les histoires de couples (vous remarquerez que je ne parle pas d'amour) un autre protagoniste est en scène : la guerre des marchés, la gloire à l'argent où le sexe est en toile de fond. Cette pièce, est-elle réellement une fiction ? Je crois bien que non.

Agatha Christie, Cinq petits cochons, Paris, Hachette, 2004, 308 p. (lu par Daniel)
Hercule Poirot est invité à établir la vérité au sujet d'une affaire classée qui remonte à seize ans: la fille d'un peintre un peu caractériel veut savoir par qui celui-ci a été assassiné. Nous avons affaire ici à un roman construit d'une manière fort géométrique qui peut distiller un certain ennui - disons qu'il a un peu vieilli, même si l'idée est bonne. Le titre fait référence à une comptine qui est citée dans l'ouvrage.

Stephen Clarke, God Save la France, éd. Nil, 362 p. (lu par Bruno)
Ce roman est le récit du voyage d'un Anglais dans un curieux pays où la grève est une religion, où les femmes sont tout aussi élégantes que hautaines, où la plus belle ville du monde est aussi la capitale de la crotte de chiens, où manger dans un "casino" n'est pas forcément le "must" de la "french food"... Mais l'on voit aussi avec notre citoyende Sa Très Gracieuse Majesté que l'amour peut surgir à tout moment, que décidément la Sécurité Sociale à la française est très efficace et que les Français (et Françaises), même s'ils parlent anglais comme des vaches espagnoles, ne sont pas aussi réticents que cela à l'ouverture vers le monde. Un roman vraiment très agréable à lire. Note : 13/20


Claro, Madman Bovary, Paris, Verticales, 2008, 197 p. (lu par Daniel)
L'auteur propose ici une évocation jubilatoire du chef-d'oeuvre flaubertien Madame Bovary, sous forme de grand charivari où résonne, longuement, le célèbre incipit de ce roman. Les grands épisodes sont revisités de manière vigoureuse: grande sauterie avec stupéfiants pour le mariage des Bovary, jeux de mots sur le pied bot d'Hippolyte, interrogations sur l'art scénique en fin de roman, etc. Le tout est fort divers, et on ne s'ennuie guère! Ce fut une bonne surprise pour moi.

Philippe Claudel, Le Rapport de Brodeck, Paris, Stock, 2007, 401 p.
(lu par Daniel)
Brodeck reçoit des villageois la mission de rédiger un rapport concernant le sort réservé par son pays à l'Anderer, mystérieux personnage venu de loin, qui joue le rôle de révélateur et finira tragiquement. Or, Brodeck est un rescapé des camps. Le parallélisme entre le sort réservé à l'Anderer et celui vécu par ceux qui n'ont pas réchappé des camps est pour le moins troublant... et Philippe Claudel sait mettre tout cela en évidence. Son écriture n'a rien de facile, elle se fait même ardue, et il faut être patient pour entrer dans son jeu. Mais l'effort en vaut la chandelle, tant le récit s'avère génial.

Jean-Luc Coatalem, Il faut se quitter déjà, Paris, Grasset, 2008, 121 p. (lu par Daniel)
Mathieu, le narrateur, s'apprête à quitter l'Amérique du Sud, sans même un reportage promis au journal qui l'emploie. Ce faisant, il largue également son amante de quelques jours, Mathilde. Portrait d'un personnage masculin pétri des lâchetés du quotidien, cet ouvrage parfois amer, parfois heureux, fait également entr'apercevoir certaines régions méconnues - on aurait aimé en voir davantage!

Andrew Cockburn, Caligula au Pentagone, Vevey, Xenia, 2006, 271 p. (lu par Daniel)
Cet ouvrage fouillé et très factuel retrace le parcours de Donald Rumsfeld, célèbre faucon américain, dont les faits d'armes qui ont suivi le 11-Septembre ont été fort remarqués. L'auteur dévoile de nombreux éléments des coulisses de la politique américaine, arpente les couloirs du Pentagone et relate toute l'aventure de la mise au point de l'aspartame et de sa commercialisation. Un portrait-charge assez lourd, étayé qui plus est par de nombreuses sources issues de la presse et de documents officiels.

Collectif, 100 questions de sciences à croquer, éd. Le Pommier, 185 p. (lu par Bruno)
Un recueil de vulgarisation scientifique traitant aussi bien de mathématiques que d'économie, de sciences naturelles, de physique ou d'astronomie. L'obectif étant de répondre à des questions telles que : "Combien l'espace a-t-il de dimension ?", "Quelle est la plus belle formule de mathématiques" ?" ou bien encore : "Nos forêts vont-elles disparaître ?" Intelligent et distrayant. Parfait pour un tel ouvrage. Note : 17/20

Collectif, Petits crimes italiens, Paris, Grasset, 2007, 410 pages (lu par Daniel)
Neuf auteurs italiens de textes noirs se sont mis ensemble pour produire un puissant recueil de nouvelles très diverses, liées par un point commun: l'Italie. Drôles ou sérieuses, sages ou déjantées, elles accrocheront le lecteur en fonction de ses affinités. Personnellement, j'avoue une préférence pour Mon trésor de Niccolò Ammaniti, où l'on voit un chirurgien esthétique dépravé planquer un gros sachet de drogue en s'en servant pour un implant mammaire... puis chercher à le récupérer, deux ans plus tard, après une obscure peine de prison. Une autre m'a branché également, Equivoques et malentendus d'Andrea Camilleri, dont le titre est tout un programme, qui tient ses promesses.

Michaël Connelly,
Darling Lilly, 356p. (lu par Bernadette)
Cela faisait des années que je n'avais pas lu un roman de cet auteur et j'ai retrouvé son style avec beaucoup de plaisir : un bon thriller, haletant jusqu'aux dernières pages.

Patricia Cornwell, PostMortem, éd. Livre de Poche, 287 p. (lu par Bruno)
Kay Scarpetta, la célèbre médecin légiste, s'intéresse à un tueur en série diabolique et pervers. Problème supplémentaire : son travail est espionné par une mystérieuse taupe qui s'ingénue à le dévoiler à la presse. Le meurtrier ne serait-il pas un policier ou un proche du Dr Scarpetta ? Un polar qui se lit bien mais qui semble avoir un peu vieilli. Pas mal. Note : 12/20

Angel Corredera, La Confrontation, Vevey, L'Aire, 2004, 130 pages (lu par Daniel)
Presque un voisin de palier, Angel Corredera, puisqu'il enseigne dans un lycée de Fribourg! "La Confrontation" est son premier roman. Il retrace la confession d'un terroriste, arrêté et emprisonné à la suite d'attentats qui auraient pu être ceux du métro de Madrid. Le résultat est introspectif, forcément, mais donne aussi à voir plusieurs mondes en parallèle: celui des prisons, celui du monde libre, celui de l'amour même. Un nom à retenir.

Thierry Crifo, Pigalle et la fourmi, Paris, Baleine, 2001, 201 pages (lu par Daniel)
Un Poulpe assez particulier que celui-ci, puisque Gabriel Lecouvreur, grand pourfendeur de fascistes d'ordinaire, se retrouve à enquêter sur le décès mystérieux de ses propres parents, dans un accident de voiture. Cela lui permet de découvrir le quartier parisien de Pigalle, ce qui le change un peu et offre à voir moult poules pas toujours mouillées. Un roman agréable, qui fait passer un bon moment, mais qui peine un tout petit peu à décoller.

Rachel Cusk, Arlington Park, éd. de l'Olivier, 292 p. (lu par Bruno)
Une journée de la vie ordinaire de quelques Anglaises d'un quartier hupé de Londres. Une sorte de "Desperate Housewifes", mais en moins drôle. C'est grinçant, pathétique, superbement écrit (à quand un roman français de ce niveau ?) et parfois avec des pages lumineuses (cf. le chapitre sur la baby-sitter italienne). Je vous conseille ce superbe roman, d'une très grande qualité et bravo à la traductrice - je cite son nom : Justine de Mazères. Note : 18/20.

Didier Daeninckx, Camarades de classe, Paris, Gallimard, 2008, 168 p. (lu par Daniel)
Madame se fait passer pour Monsieur sur un forum d'anciens camarades de classe, après avoir intercepté un courriel qui ne lui était pas adressé. Voilà toute la trame de ce bref roman en un seul chapitre, qui comprend les deux dadas essentiels de l'auteur: la musique pop et la politique, de préférence de gauche. On peine à s'identifier aux deux baby-boomers bourgeois bohêmes parisiens qui constituent le moteur de ce récit, écrit dans un style fluide. Bref, bôf-bôf.

Didier Daeninckx, Itinéraire d'un salaud ordinaire, Paris, Gallimard/Folio, 2007, 386 pages (lu par Daniel)
Qui est Clément Duprest? Dans le roman "Itinéraire d'un salaud ordinaire", c'est lui qui porte l'infamante désignation. Il exerce ses quarante années de fonctionnariat dans une période comprise entre l'Occupation et les élections présidentielles qui verront Mitterrand arriver au pouvoir, ce qui le fait traverser les pages les plus turbulentes de l'histoire de France: Occupation, lutte contre la montée du communisme, décolonisation, Mai 68, candidature de Coluche à la présidentielle. Duprest se trouve systématiquement dans la position du fonctionnaire fidèle, même aux idées et pouvoirs les plus abominables. Ca se lit bien, mais ça pose aussi quelques questions, ce qui modère un peu mon enthousiasme. J'ai déposé une note développée sur mon blog: http://fattorius.over-blog.com/article-18499278.html

Nicole De Buron, C'est quoi ce petit boulot ? 316 p. (lu par Sandrine)
Bon, rien d'une grande tragédie, ni d'une oeuvre digne d'un prix Goncourt. Mais bon. Je vous raconte quand même. Une jeune bachelière avec un rêve : partir avec son jeune loup de copain, faire le tour du monde en bateau. Des parents inquiets sur la situation de leur fille : des petits boulots en veux-tu-en voilà, pas d'avenir sérieux, pas d'argent. Bon, la petite est une démmerdarde, mais bon. Et d'abord, qui est ce soi-disant bel étalon ?
Voilà. Tout se termine bien car la jeune délurée a réussi à se caser de manière plus ..."correcte" dirons-nous. En plus, les parents ont pas fait exprès. Très bof donc.

Christophe Dechavanne, La Fièvre du mardi soir, Paris, Edition°1, 1991, 153 pages (lu par Daniel)
On devine sans peine de quoi cet ouvrage va parler à son lecteur... Dechavanne en profite pour évoquer son propre parcours avant "Ciel mon mardi", et raconter son train de vie, non sans une certaine complaisance: il n'y a pas de raison de cracher dans la soupe! L'ouvrage a ses petites contradictions (par exemple, est-ce que la sécurité de tous les invités est vraiment assurée, comme l'affirme l'auteur?). Cela dit, il est porté par un style "tchatche" très dynamique, volontiers voyou, qui parvient presque à faire croire que "Ciel mon mardi", c'est plus qu'une émission: c'est une philosophie, un esprit et une famille.

Marie-Pierre de Cossé Brissac, Le Rubis, Paris, De Fallois, 2005, 331 p. (lu par Daniel)
Le roman de Marie-Pierre de Cossé Brissac relate la vie d'une famille de la haute noblesse française sous l'Occupation. L'histoire se passe dans la Loire, dans la propriété imaginaire de Loisans, qui paraît assez protégée des événements, mais pas forcément des angoisses qu'ils peuvent faire naître. Le récit se concentre sur les destinées des personnages, sur leurs amours. Au final, tout cela reste très classique, peu surprenant, pas du tout expérimental, mais solidement construit: une valeur sûre.

Alix de Saint-André, Papa est au Panthéon, Paris, Gallimard, 2001/Folio, 2003, 365 p. (lu par Daniel)
Mettre quelqu'un au Panthéon, ça n'arrive déjà pas tous les jours, et c'est une opération d'Etat. Alors, quand le sort s'en mêle, quand on ignore si le panthéonisable est vivant ou mort, quand la fille de la personnalité en question est réticente, ça tourne vite au sac d'embrouilles. Alix de Saint-André trousse là un imbroglio qui évoque à la fois un certain Malraux (de par la personnalité du panthéonisable) et un certain Gide (celui des Caves du Vatican). Je ne suis pas intégralement entré dans son jeu (c'est quand même assez tordu), mais il faut reconnaître que c'est habile, et parfois même cocasse - et juste de la bonne longueur.

Mireille Delmas-Marty, Le pluralisme ordonné, Seuil/La couleur des idées, 2006, 282 pages (lu par Daniel)
Pan dans les dents! Voilà un ouvrage qui présente, de manière structurée et argumentée, les enjeux de l'internationalisation du droit: rythme de l'adaptation des législations, privatisation du droit (quand les entreprises dictent leurs conditions), compréhension commune, pluralisme versus pluralité, recherche du juste équilibre entre un droit supranational rigide et une approche laissant trop de marge de manoeuvre aux Etats,... Le tout est illustré par une poignée d'exemples qui servent tout au long de l'ouvrage: protocole de Kyoto, traité constitutionnel européen, cas de la Chine, etc. Mais je ne cache pas que cette lecture n'a rien eu d'évident pour moi, qui n'ai eu droit qu'à six journées de cours de droit administratif dans ma vie...
Jean-François Deniau, La lune et le miroir, Paris, Gallimard, 2004, 128 p. (lu par Daniel)
Ce roman découpé en brefs chapitres fait naviguer le lecteur entre l'Europe occidentale et un continent qui pourrait être l'Afrique, sur les traces d'un personnage qui semble avoir une double vie: politicien à succès au nord, roi au sud. Cela permet de réfléchir sur les approches du droit, sur la différence et sur pas mal de trucs encore, dans un roman pourtant bref.

Alice de Poncheville, La martre, Paris, L'Olivier, 2005, 185 pages (lu par Daniel)
Un recueil d'une dizaine de nouvelles liées entre elles par l'idée de présenter des destins a priori ordinaires, touchés à un moment ou à un autre par une certaine grâce, par un événement qui les transfigure et qui doit parfois quelque chose au surnaturel, au mystérieux même. A chaque fois, par ailleurs, les animaux et les insectes jouent leur rôle. Un ouvrage d'une lecture agréable, qui parvient à intéresser le lecteur à des personnages des plus ordinaires et à le faire entrer dans son jeu.

Christian Deslarzes, Hippocrate enchaîné, Vevey, Xenia, 2006, 212 pages (lu par Daniel)
Ecrit par un médecin relativement connu, cet ouvrage a été publié dans le contexte précédant le vote des Suisses sur le principe d'une caisse maladie unique pour tout le pays. Je m'attendais à y trouver des arguments en faveur d'un tel système, toujours utiles à connaître puisque même si, depuis, le projet a échoué face au peuple, on sait que les acteurs (politiques) n'abandonnent jamais. Résultat: je me suis retrouvé face à un essai plutôt brouillon pratiquant l'amalgame à l'occasion, plaidoyer pro domo pour la profession médicale, que l'auteur considère comme vendue au Grand Kapital. De la part des éditions Xenia, je m'attendais à mieux... surtout depuis ma lecture de Comment le Djihad est arrivé en Europe, de Jürgen Elsässer.
Allez, au suivant...

Pierre Desproges, Les étrangers sont nuls, éd. Points Seuil, 120 p. (lu par Bruno)
Pierre Desproges est l'auteur de long sellers : c'est depuis 30 ans l'un des auteurs français les plus lus. Il faut dire que même s'il est mort il y a 20 ans il reste très actuel : un auteur maniant l'art de la dérision avec beaucoup de talents. Et vu qu'en France (et ailleurs) la dérision est presqu'un art de vivre, un peu pour le meilleur et souvent pour le pire, c'est dire que Desproges est presqu'un maître à penser. Dans ce petit recueil de chroniques, Desproges s'amuse à caricaturer à l'extrême nos amis européens et non européens avec un une mauvaise foi et un sens de la caricature assez amusants ; la perfidie est assumée tout comme la xénophobie et le racisme. Un livre à lire au second degré, pour ceux que cela amuse. De mon côté, passées les trois premières chroniques, j'ai tendance à trouver ce livre un peu ennuyeux et répétitif. Note : 12/20

Joan Didion, L'année de la pensée magique , Editions Grasset, 278 p. (lu par Bernadette)
L'auteur nous relate avec simplicité et pudeur l'année qui a suivi le décès de son compagnon, l'écrivain John Gregory Dunne, victime d'une crise cardiaque. Pendant cette année, elle s'occupera de sa fille, plongée dans le coma à la suite d'une pneumonie. Ce récit est une reflexion sur le deuil, l'absence. Très fort.

Joan Didion, L'année de la pensée magique, 282 p. (lu par Bruno)
Tout à fait d'accord avec Bernadette ! C'est un témoignage poignant qui nous est proposé dans un de ces livres majeurs de l'année 2007 : Joan Didion, un des auteurs phares américains, raconte l'année de deuil qui a suivi la mort de son mari, l'écrivain John Gregory Dunne. Une année "particulière" qui est aussi celle de la grave maladie de leur fille. Peu d'auteurs ont su à ce point parler du deuil, l'événement le plus ordinaire et le plus terrible de l'existence humaine. Le thème de ce document est certes difficile mais il est impossible de ne pas aller au bout de ce grand livre.

Benjamin Dolingher, Le Testament à répétition, Lausanne, Editions du Héron, 2007, 107 p. (lu par Daniel)
Ecrit en français par un auteur roumain reconnu, cet ouvrage est un recueil de nouvelles où l'absurde règne en maître dans des univers souvent dépouillés qui permettent de mettre en évidence des intrigues au sens étrange: un médecin qui consulte son patient, l'ordre de succession sans fin des responsables d'une prison, l'arrestation d'un homme qu'on prend pour un éléphant échappé du zoo, etc. L'auteur n'est certes pas un immense styliste; mais il a le chic pour proposer des intrigues sobres qui font mouche.

Jean-Luc Douin, Films à scandale !, éd. du Chêne, 150 p. (lu par Bruno)
Plus qu'aucun autre art le cinéma a été depuis sa naissance celui qui a provoqué le plus de polémiques : polémiques, passions, esclandres, débats. Cet essai relate les plus grands scandales qu'il a suscité car, parce que le cinéma est avant tout un art de l'image, la vérité peut se dévoiler toutes nues. D'ailleurs, c'est par la nudité que le cinéma va le plus se faire remarquer : des premiers corps dénudés de femmes jusqu'aux représentations les plus réalistes des actes sexuels. Mais le cinéma est aussi un art qui s'affranchit rapidement des convenances au point de trouver dans le militantisme un puissant moyen de s'exprimer : lutte contre l'obscurantisme et les religions, illustration des aspects les plus sombres de la société, dénonciations des guerres. Un essai passionnant.

Pierre Dubois, Les Contes de Crimes, Paris, Hoëbeke, 2000, 257 p. (lu par Daniel)
Dans ce savoureux ouvrage, Pierre Dubois pervertit les contes qui ont bercé l'enfance de tout un chacun, en particulier ceux de Grimm, mais aussi ceux de Perrault. On rigole volontiers avec lui, et on le suit aussi, à petites doses, dans son style archaïsant, tortueux, riche en vocabulaires parfois inventés. Et pour ceux qui aiment, l'auteur a également produit d'autres recueils du même genre.

François Dufay, Le soufre et le moisi, Paris, Perrin, 2007, 224 p. (lu par Daniel)
Le présent ouvrage retrace la destinée du groupe littéraire des Hussards, emmené par Paul Morand et Jacques Chardonne, écrivains compromis par leur collaboration avec le régime de Vichy, et comprenant des auteurs de la génération suivante, tels que François Nourissier, Jacques Laurent, Michel Déon, Roger Nimier, etc. Loin de Saint-Germain-des-Prés, du Nouveau Roman et de l'existentialisme ces auteurs marqués à droite vont leur chemin, faisant vivre une certaine manière d'écrire pendant vingt ou trente ans, après la Seconde guerre mondiale. Tout cela prépare l'avènement d'auteurs tels que Jean Dutourd ou Jean d'Ormesson; comprenons que l'Académie française n'est jamais loin!

Isadora Duncan, Ma vie, 447 p. (lu par Jérôme)
Autobiograhie de la grande Isadora Ducan, précurseur de la danse moderne au début du XIXème siècle. Une vie entière consacrée à l'Art qu'elle a réussi à faire partager dans le monde entier, mais également une destinée tragique jusqu'à sa mort le 14 septembre 1927, étranglée par sa longue écharpe qui s'était prise dans les roues de sa voiture à Nice.

Thierry du Sorbier, Ottaviana, Paris, Buchet-Chastel, 2005 (221 pages) (lu par Daniel)
Ne pas chercher ici beaucoup de logique cartésienne: Thierry du Sorbier emmène son lecteur dans un univers onirique et décalé où un personnage prénommé Amnésie, capable de voler, tombe éperdument amoureux d'une chausseuse, Ottaviana. Dès lors, tout le livre consistera à lui courir après. Amnésie est en contact avec son frère, qui monte des affaires avec des bananes en Afrique avant de se lancer avec de la chirurgie esthétique; il est également philatéliste. Et tout cela va le servir dans sa quête, qui l'amène des toits de Paris à Venise, New York, la Suisse, le Périgord, etc. Une agréable lecture aux arômes à la Queneau.

Thierry du Sorbier, Le Stagiaire amoureux, Paris, Buchet & Chastel, 2007, 200 p.
(lu par Daniel)
Amory est stagiaire dans un journal régional. Comme il est nullissime, le rédacteur en chef l'envoie dans un patelin où il ne se passe strictement rien. Il n'en faut pas plus pour que les événements s'emballent: tournage d'un film dans le même village, assassinats... mais d'un autre côté le stagiaire sait très bien produire des articles sur rien du tout. Une fable réjouissante sur la presse régionale, mais aussi sur les différentes manières de voir le monde, puisqu'Amory préfère découvrir le village profond (et ses femmes - sans quoi le titre ne serait pas justifié!) plutôt que de s'intéresser au cinéma.
Percival Everett, Effacement, Arles, Actes Sud/Babel, 2006, 364 pages (lu par Daniel)
Que diriez-vous d'une balade dans l'univers des Noirs de la côte Est des Etats-Unis, entre New York et Washington? Et aussi d'une exploration à peine ironique et décapante du monde littéraire du pays de l'Oncle Sam? Avec "Effacement", vous allez être servi. Ce roman relate en effet la destinée d'un écrivain afro-américain auquel la critique reproche volontiers de ne pas écrire assez "noir", au sens épidermique du terme, comme s'il existait une littérature spécifiquement noire. Or, voilà qu'il connaît un succès foudroyant et très enrichissant en faisant tout ce qu'il déteste: un livre rempli de clichés attendus sur les ghettos noirs. Commence alors un jeu de masques... Ajoutez à cela une vie de famille assez houleuse, et vous obtiendrez un roman des plus toniques. Voire deux, puisque l'auteur a jugé bon de livrer l'intégralité du roman "cliché" de l'écrivain-narrateur.

Nicolas Fargues, Rade Terminus, Paris, POL, 2004/Folio, 2005, 302 p. (lu par Daniel)
Destins croisés de plusieurs personnages échoués à Madagascar pour les raisons les plus diverses: trafics, missions d'ONG, tourisme, amour, commerce, etc. Ce roman offre un portrait nuancé de la vie dans la ville de Diégo-Suarez, entre fascination et répulsion; il propose également quelques portraits bien croustillants et des scènes dignes du grand cinéma. A ranger dans les bons livres, donc.

Michael Farr, Tintin et Cie, éd. Moulinsart, 60 p.(lu par Bruno)
Tintin est le personnage de bande-dessinées ayant inspiré l'éxégèse la plus importante. Le sympathique reporter est en effet plus complexe que ne pourrait le laisser penser le lecteur qui découvrirait ses aventures. Cet essai s'intéresse non aux histoires mais aux personnages créés par Hergé. On découvre ainsi les influences du dessinateur belge : comment le capitaine Haddock a pris la place de Milou (!), comment le professeur Tournesol s'est imposé de manière presque naturelle (à Hergé comme à Tintin et Haddock), comment les deux Dupondt, merveilles de création, se sont imposés dans les 24 albums, comment Tchang est sans doute le personnage ayant la plus grande importance dans l'oeuvre d'Hergé... Si vous êtes tintinophile comme moi, vous vous régalerez à la lecture de cet essai. Note : 19/20

Daniel Fazan, Morose foncé, Bex, Publi-Libris, 2007, 246 pages (lu par Daniel)
Le narrateur, artiste faisant partie des purs mais peinant à percer, parvient à s'imposer dans le monde des arts par des moyens où son talent compte peu, allant jusqu'à confier à des tiers le soin de confectionner ses oeuvres. Le succès l'amène à se détacher progressivement de tout entourage humain. L'auteur adopte la forme du journal, ce qui implique un jeu sur l'introspection; on entre donc tout doucement, peut-être difficilement, dans le vif du sujet - et tout d'un coup, on est embarqué. La machine continue à son rythme tranquille, mais plus ça va, plus on se demande jusqu'où l'escalade se poursuivra. Ecrit avec soin, cet ouvrage est, à sa manière, une réussite sur le schéma classique du bonhomme qui, grisé par son succès, décide de se venger de tout le monde.

Norman G. Finkelstein, L'Industrie de l'Holocauste, Paris, La Fabrique, 2000, 157 p. (lu par Daniel)
Difficile de ne pas déchaîner les passions avec le propos que Finkelstein a choisi d'exposer: sa thèse, c'est que certaines organisations de défense des intérêts du peuple juif ont récupéré le génocide nazi à leur propre profit, afin de faire de l'argent avec ça et de faire pression sur tout ce qui est possible afin que leurs intérêts soient servis au mieux. Leur tactique? Sacraliser l'Holocauste, lui donner une capitale et capitaliser là-dessus (dans la version anglaise, l'auteur joue là-dessus), si néessaire en spoliant les vraies victimes.
Qu'il me suffise de dire que vivant en Suisse et ayant, à ce titre, connu l'affaire des fonds juifs en déshérence (années 1996), j'adhère totalement à cette thèse, et comprends désormais mieux certaines choses. A noter que seul un Juif pouvait écrire un tel essai de manière crédible... ce qui n'a pas empêché son auteur d'être épinglé dans le dictionnaire de l'antisémitisme que Paul-Eric Blanrue a établi pour les éditions Scali. Allez comprendre...

Francis Scott Fitzgerald, Une vie parfaite, Paris, Folio, 2006, 116 p. (lu par Daniel)
Folio propose ici un volume à deux euros rassemblant deux nouvelles particulièrement intéressantes et représentatives signées Francis Scott Fitzgerald, tirées du recueil "La fêlure". On se délecte à leur lecture, qui sont plus profondes qu'il n'y paraît - la première est en effet fondée sur des personnages quasi archétypiques afin de démontrer quelque chose de plus profond: la perfection dérange...
Analyse détaillée ici: http://fattorius.over-blog.com/article-23110502.html

Georges Flipo, Qui comme Ulysse, Paris, Anne Carrière, 2008, 253 p. (lu par Daniel)
Quatorze nouvelles en partance, tel est le menu de ce magnifique recueil de Georges Flipo. Il emmène volontiers ses lecteurs en Amérique du Sud, mais pas seulement, et leur offre une prolongation des vacances à l'heure de la rentrée. Cela, avec un zeste d'émotion et quelques réflexions bien pensées. Et les fins de ses textes, qui ne sont pas toujours des chutes au sens où on l'entend un peu trop facilement, sont une invitation à rêver ou à continuer le voyage.

Richard Forget, Le dossier noir du portable, Pharos/Jean-Marie Laffont, 2006, 293 p. (lu par Daniel)
Ceci n'est pas un roman! Avocat de profession, l'auteur découvre, effaré, les irrégularités qui entachent l'installation du réseau de téléphonie cellulaire en France. Il apprend également le mode de fonctionnement de ce genre d'appareil, et les méfaits qu'ils peuvent faire subir au vivant. Cela, sans compter le rappel de l'occultation de rapports défavorables. Richard Forget offre ici un réquisitoire à la fois technique et fort accessible contre le portable, de plus en plus virulent au fil des pages, et prône le principe de précaution à son encontre.

Carlos Fuentes, En inquiétante compagnie, éd. Gallimard, 311 p. (lu par Bruno)
Le plus grand écrivain mexicain s'approprie dans ce recueil de 6 nouvelles les mythes de la culture fantastique et d'épouvante : fantômes, vampires, mort-vivants, revenants, etc. Mais il les place dans le monde moderne et dans un style baroque très latino-américain. Une curiosité que j'ai bien aimée bien que ce ne soit pas à mon sens le livre de l'année. Note : 13/20

Laurent Gaudé, Le soleil des Scorta, 285 p. (lu par Sandrine)
Prix Goncourt 2004, mais aussi le prix Jean Giono et le prix du roman populiste.
Le soleil est rude dans la contrée de Montepuccio où vivent la famille Scorta. Une famille qui traîne sa misère de génération en génération. Comme une malédiction qu'a laissé Luciano Mascalzone, dont le seul désir, peut-être, a été que ses enfants, petits enfants, et ce, pour la nuits des temps, vivent sa solitude, sa colère, ses vengeances, son aridité, comme le soleil qui trône dans cette vallée. La vie n'est pas facile pour Carmela, Domenico, Giuseppe et Raffaele mais tous quatre se jurent de rester ensemble et de faire continuer à vivre l'âme de la famille Scorta si pauvre soit-elle.
Très beau.

Anna Gavalda, Ensemble, c'est tout, Paris, Le Dilettante, 2004/J'ai Lu, 2007, 574 p. (lu par Daniel)
Sympa, cette histoire de quatre personnes qui se cherchent et se trouvent, soit à l'intérieur de leur carré d'as, soit à l'extérieur: une mémé, un cuisinier irascible, une jeune fille qui peint et ne mange pas, et un nobliau affublé de tics. J'ai pourtant eu un peu de peine à adhérer totalement au propos de ce long roman, construit en brèves séquences et en nombreux dialogues. Bref, un bouquin qui me laisse perplexe, sans que je le déteste vraiment. Présentation détaillée ici: http://fattorius.over-blog.com/article-21530476.html

Anna Gavalda, La Consolante, 637 p. (lu par Sandrine)
"Qu'est ce que c'est ? demanda Charles inquiet, un genre de tord-boyaux ?
-Vous savez pas ce que c'est ? Eh bien... Il y a la première manche, la deuxième, la belle, la revanche et la consolante. C'est une partie pour rien... Sans enjeu, sans compétition, sans perdants... Pour le plaisir quoi..."
Car Charles, enfin, reprend son regard de gamin, comme ça, pour rien, enfin, si pour une femme, au départ. Et puis petit à petit, il n'est plus là (que) pour elle. Il y a Yacine (à 9 ans il connaît déjà la théorie de la relativité), un lama, un chien de garde handicapé, des poules, des petits sablés, un coeur, une bique, 2000 m2 de terrain, une maison (loin d'être à l'abandon avec tous ces gamins), une charpente à tomber par terre (Charles est maître d'oeuvre), une kermesse, des croquis, des dessins, la nuquede Kate, une compétition de baudet disputé par Samuel (il y croit dur comme fer), la petite Nedra et son mutisme, sa maison de poupée, les Patator avec Yacine (mais si, vous savez le mélange de Coca Cola et de Mentos ! Par contre ça marche pas avec le Coca Light). Ah! Il y a aussi la partie de palets. Mais ça, personne ne s'en rappelle plus. Tout le monde était rond. Ah oui, le fameux Port Ellen de Kate. Et puis Anouk... Le démarrage de toute cette épopée.
Enfin bon, je peux pas vous dire dire plus. Ce livre, c'est la vie quoi. A lire plutôt deux fois qu'une.

Alfred Gehri, Le roman d'une pièce - 6e étage, Genève, Cailler, 1948 (pages 21 à 179, soit 158 pages) (lu par Daniel)
Avant même que ce genre ne porte ce nom, le dramaturge suisse propose ici le making-of de sa pièce à succès 6e étage, créée à Lausanne en 1937, puis reprise à Paris et dans le monde entier dans de multiples traductions. Ecrit à la manière d'un roman plutôt tranquille, ce témoignage fait revivre l'ombre des Pitoëff, de Jouvet, de Dullin, de Brasillach, de Gide, de Shaw même... mais ravive surtout le souvenir de tout un peuple de petites gens qui ont vécu dans des chambres de bonnes, sous les toits de Montmartre - au sixième étage, justement.
Ouvrage repris après la lecture du chapitre 1, il y a plusieurs mois de cela, d'où le départ en page 21 seulement.

Antoine Geraci, Le Monologue de la chaise vide, Groslay, Ivoire-Clair, 2004, 61 p. (lu par Daniel)
Il s'agit là du texte le plus fort que j'aie lu d'Antoine Geraci. Il relate la lutte que mènent, dans l'esprit d'une victime d'un accident sous suivi psychiatrique, les deux personnalités qui se sont mises à hanter son esprit - l'une intrusive, l'autre légitimement habilitée à rester. Le tout est constitué de phrases volontiers courtes où les points d'exclamation, de suspension et d'interrogation ne manquent pas, gage d'une lecture volontiers halentante, toujours forte, et très bien maîtrisée. A noter que ce texte a fait l'objet d'un spectacle.

Iegor Gran, O. N. G!, Paris, P. O. L., 2003/Folio, 2004, 181 pages (lu par Daniel)
De quoi me réconcilier avec cet auteur, dont "Téranésie" m'avait laissé une impression mitigée. Encore un roman administratif comme on les aime: deux ONG sont installées dans le même immeuble, et luttent pour la défense de leur territoire par des méthodes de guérilla absolument délirantes, allant de la démolition des affiches dans l'ascenseur à la vraie guerre, avec viols, morts et prisonniers dans les étages. Le tout est mené à un train d'enfer, avec un langage qui a deux ou trois particularités de langage savoureuses: l'utilisation du langage politiquement correct, par-ci, par-là, prend ici une tournure fabuleusement ironique. Miam!

Jean-Christophe Grangé, Le serment des limbes, Albin Michel, 652 p. (lu par Catherine)
C'est un peu tiré par les cheveux... j'avais bien aimé ses précédents romans, mais là... merci... Un flic catholique pratiquant se lance à la poursuite de tueur(s) satanistes... pff... des illuminés des deux côtés... A éviter...

Martha Grimes, Le Collier Miraculeux, Paris, Pocket. 2005, 323 pages (lu par Daniel)
Etrange histoire que celle des homicides qui secouent le petit village de Littlebourne, près de Londres! Pour faire bon poids, l'auteur ajoute l'agression perpétrée contre une violoniste étudiante dans le métro londonien, et la mystérieuse disparition d'un collier d'une valeur importante. Tout cela, on l'a deviné, constitue un roman policier à la trame bien ficelée - du travail de pro. Avec cela, le lecteur fera connaissance, avec plaisir, d'une belle brochette de personnages hauts en couleur: le nobliau snob et imbuvable entouré de son imbuvable famille, la palefrenière qui tient tête à tout le monde et fait des coloriages, les membres d'un club d'ornithologie, un détective amateur riche à millions, quelques policiers bien sûr. Tout cela donne un roman qui n'est pas forcément génial et irrémédiablement accrocheur, mais reste très, très agréable à lire.

Gudule, Dancing Lolita, éd. Bragelonne, 100 p. (lu par Bruno)
Polar et livre d'anticipation sur le thème de la jeunesse éternel. On suit les pas de la petite Mina, gosse martyre partie rejoindre sa grand-mère. Elle croise sur son chemin un écrivain parti dans une étrange quête. Un livre noir à souhait qui ne s'embarrasse pas de politiquement correct. Une vraie découverte pour moi !

Faïza Guène, Kiffe kiffe demain, éd. Hachette, 193 p. (lu par Bruno)
La révélation littéraire de l'année 2004. L'auteur, une jeune française d'origine maghrébine raconte au travers d'un roman la vie d'une adolescente dans une cité de banlieue. Une vie rythmée par un décor triste à pleurer, les fins de mois difficiles, les magouilles de toute sorte, les visites des assistantes sociales mais aussi les petites joies quotidiennes. Et ce que l'on peut dire c'est que Doria, la narratrice, sait raconter sa vie comme personne, avec le sens de la formule, de la vanne et de l'auto-dérision. Un vrai moment de bonheur !



Bertrand Guillot, Hors Jeu, Paris, Le Dilettante, 2007, 286 pages (lu par Daniel)
Vous avez aimé "99 francs" de Beigbeder? Ou pas? Peut-être apprécierez-vous alors le premier roman de Bertrand Guillot, qui commence justement dans le faste un rien familier des sorties entre publicitaires et assimilés, avant de conduire le lecteur dans l'univers des jeux télévisés. L'auteur les décortique avec un regard détaché et savoureux; son récit est encore rehaussé d'une bonne grosse histoire d'amour finement menée, et de quelques piques contre les travers de notre époque où il faut soigner le stress par tous les moyens. Ajoutez à cela quelques trouvailles intéressantes qui invitent le lecteur à participer (éventuellement avec un comparse), et vous comprendrez qu'on a là un roman original et moderne.

Jean Hatzfeld, Une saison de mâchettes, Seuil, 315p. (lu par Catherine)
Jean Hatzfeld a rencontré des tueurs Hutus emprisonnés, après le génocide des Tutsis au Rwanda. Il nous livre ici les confessions, témoignages de ces hommes ordinaires, devenus tueurs car le contexte le voulait... Ces témoignages sont froids, abrupts, et laissent chez moi une vague nausée... ces hommes pensent à leur prochaine "réinsertion" dans leur village, et comptent sur le pardon des proches des victimes... L'auteur ne les juge pas, moi non plus, l'on s'interroge juste sur le comment du pourquoi. Comment un génocide peut-il advenir ? Comment des hommes éduqués ou non peuvent-ils se mettre à tuer leurs voisins ? Troublant...

Ernest Hemingway, Mort dans l'après-midi, Paris, Gallimard, 1938/Folio, 2003, 423 pages (lu par Daniel)
Retour à Ernest Hemingway, environ dix-huit ans après "Le vieil homme et la mer", et retrouvaille fort agréable. "Mort dans l'après-midi" parle de tauromachie, un sujet avec lequel je n'ai pas forcément d'atomes crochus, si ce n'est, peut-être, en vue du concours de nouvelles des éditions du Diable Vauvert. En outre, je m'attendais à un recueil de nouvelles sur le sujet - et me suis retrouvé avec un essai, ce qui secoue un peu en début de lecture. Mais, l'auteur, aficionado convaincu qui prêche pour sa paroisse, captive vraiment son lectorat, abordant son sujet par des angles parfois inattendus (il commence, par exemple, par parler des chevaux...). Son ton est celui de la discussion du connaisseur, toujours érudite et pleine d'esprit, et fait alterner la fierté, la beauté et la dignité des courses de taureau, et la décadence de certains de ses acteurs.

Guy Hermet, L'hiver de la démocratie, Paris, Armand Colin, 2007, 216 p. (lu par Daniel)
Dans son dernier opus, Guy Hermet, spécialiste des populismes, avance une thèse des plus étonnantes: la démocratie est en perte de vitesse, elle pourrait même s'éteindre à un assez court terme, et personne ne veut rien voir. Son approche est étayée par des arguments originaux et des exemples concrets de pouvoirs qui concurrencent le politique (langue, économie, raréfaction des électeurs, essoufflement de ce que l'Etat-Providence peut encore offrir, etc.) Tout cela est exposé avec clarté, invitant à une saine réflexion sur notre époque.

Philippe Jaenada, Vie et mort de la jeune fille blonde, Paris, Grasset, 2004/Livre de Poche, 2006, 220 p. (lu par Daniel)
Un homme dans la trentaine finissante passe une soirée chez des amis. Le père raconte le destin de sa fille, Céline, qui est en train de mourir de maladie et de toxicodépendances dans le sud de la France. Or, le fameux trentenaire se dit qu'il doit s'agir de la fille qui l'a initié aux choses de l'amour, alors qu'il avait seize ans... et elle treize.Tout semble concorder; il part donc à sa recherche...
J'ai mis un peu de temps avant d'entrer dans le trip de l'auteur, qui prend un malin plaisir à multiplier parenthèses, excursus et éléments apparemment déplacés dans son récit. Mais à la fin des fins, le récit est cohérent et dynamique. Mais... on aime ou on n'aime pas; vous voilà prévenus! Je fais partie du camp des premiers.

Janus, L'évasion de C. B., Vevey, Xenia, 2008, 183 p. (lu par Daniel)
L'auteur offre un aperçu inédit de la non-réélection de C. B., ancien ministre suisse de justice et police, le 12 décembre dernier. Théorie du complot? L'ouvrage est bien troussé, et on sent le fin connaisseur des coulisses du Palais Fédéral. Pour ne rien gâcher, tout le monde en prend pour son grade, d'un bord à l'autre de l'échiquier politique suisse. Jouissif.

Marcel Jouhandeau, Prudence Hautechaume, Paris, Gallimard, 1927/1996, 221 pages (lu par Daniel)
Du génie à l'état brut pour ce recueil de nouvelles, de portraits, ou bien plutôt de destins, emblématiques des travers de la vie de province (et de la capitale, accessoirement). L'auteur peint en effet ici les personnages de la ville de Chaminadour, qui figure Guéret, et en retrace la destinée dans un univers marqué par un catholicisme omniprésent et par une ambiance encore très villageoise. Pour ne rien gâcher, le style est magnifique... A lire dans la campagne creusoise, un jour de pluie de préférence.

Eric Jourdan, Aux Gémonies, Béziers, H&O, 238 p. (lu par Daniel)
Amitié, quelque chose en plus? Les garçons Matt et Vivien, reporters, se retrouvent dans l'enfer vert de la jungle de l'Asie du Sud-Est, quelque part entre Thaïlande et Laos, pour effectuer un reportage sur les champs de pavots et, de manière moins officielle, mettre leur amitié à l'épreuve. La rigueur des conditions leur fait apparaître une réalité bien plus forte, celle d'une attirance amoureuse. Cela, en dépit du fantôme d'Hélène, amie de Viven, que Matt n'a pas su sauver alors qu'elle se mourait. La relation des deux reporters survivra-t-elle à la captivité? Saura-t-elle se développer, donner corps aux rêves? Tel est fondamentalement le propos de ce roman. Son style est soigné, luxuriant même, à l'image de la forêt vierge; il sait se faire épique, voire étrange lorsque les deux journalistes se retrouvent en train de jouer, théâtralement, les scènes manquantes du film perdu d'un réalisateur italien, d'après l'"Orlando Furioso" de l'Arioste. Au final, une magnifique surprise, profondément originale.

Patrice Juiff, Kathy, Paris, Albin Michel, 2006, 246 pages (lu par Daniel)
Essentiellement connu comme acteur, Patrice Juiff offre ici un roman compact, écrit à longs paragraphes constitués de phrases courtes qui accrochent irrémédiablement le lecteur et le piègent au long de la dramatique destinée de Kathy. Vendue à l'âge de trois ans, elle revient, à dix-huit ans, chez sa famille biologique, qui constitue un ramassis de personnages sordides et peu engageants sur lesquels les défauts s'accumulent. Elle tentera de conquérir leur coeur, souffrira le martyre sans rouspéter, et finira par trouver le moyen de se rapprocher de l'être qui, pendant tout le récit, aura été le plus froid avec elle: sa mère. Un livre qui se dévore, mais dont certaines pages sont dures.

Ismail Kadaré, Trois chants funèbres pour le Kossovo, éd. Fayard, 119 p. (lu par Bruno)
Ismail Kadaré, le plus célèbre écrivain albanais, auteur du Général de l'Armée Morte et du Concert a sorti en 1998 ce recueil de trois récits que je qualifierais plutôt de roman historique. Le thème unique de ces trois histoires est l'épisode de la bataille des Champs de Merle qui, le 28 juin 1389, a mis en déroute une coalition balkano-chérétienne contre une armée turque et musulmane. Ce livre suit tour à tour la genèse, lé déroulement et la retraite de cette guerre qui reste traumatisante pour les habitants des Blakans même sept siècles plus tard. Note : 12/20

Douglas Kennedy, Cul-de-sac, Gallimard, 261p. (lu par Catherine)
Ca y est, je l'ai lu moi aussi ! Très bon ! Le monde bascule pour notre "héros" quand il se retrouve dans le trou du cul du monde ! C'est angoissant, c'est prenant... ça donne envie de manger du "rou" !

Yasmina Khadra, Les Hirondelles de Kaboul, 187 p. (lu par Bruno)
Dans l'Afghanistan des Talibans (avant leur chute en septembre 2001), deux hommes et deux femmes tentent de trouver leur place dans un pays gangréné par l'Islam rigoriste et fou des Talibans. Un roman poignant qui décrit le martyr d'un pays et de ses habitants jusqu'à une fin poignante. A lire absolument ! Note : 18/20

Eric Knight, Sam Small prend son vol, Paris-Genève, Slatkine/Fleuron, 1996, 325 pages (lu par Daniel)
Sam Small, c'est un vieux bonhomme fortuné du Yorkshire, qui en a le caractère à la fois cabochard et pleind et bon sens, à qui il arrive toutes sortes d'aventures: un jour il sait voler, l'autre jour il se dédouble, une autre fois encore il hérite d'une chienne qui sait parler et se transformer en jeune fille. Comme il a une femme et une famille, ça crée parfois de petites étincelles... Ce recueil de nouvelles plein d'esprit est abordable pour tous ceux qui le trouveront, puisqu'il est épuisé; mais il fait sourire plus d'une fois, et les histoires, bien qu'elles ne datent pas d'hier, ont toutes un charme qui nous parle encore aujourd'hui. A noter que l'auteur est également le créateur d'une chienne célèbre: Lassie.
Analyse détaillée ici: http://fattorius.over-blog.com/article-20398054.html

Agota Kristof, Le grand cahier, Points, 168p, La preuve, Points, 187p. Le troisième mensonge
, Points,163p. (lu par Catherine)
La fameuse trilogie de Agota Kristof, que je découvre... Deux frères jumeaux sont placés en temps de guerre chez leur grand-mère à la campagne. Ils survivent tant bien que mal, violents, pervers, mauvais, débrouillards... Puis ils grandissent, se perdent, se retrouvent, ou pas... C'est toujours ambigu, troublant, où est la réalité ? où est la fiction chez ces deux personnages ? Un récit magnifique et troublant.

Marie Laberge, Sans rien ni personne, Montréal, Boréal, 2008, 434 p. (lu par Daniel)
Emilien n'en a plus que pour six mois à vivre; mais il aimerait bien savoir comment sa fille Isabelle est morte, loin de Paris, au Québec. Il mandate Patrice, responsable des cold cases du Quai d'Orsay, qui va trouver une combine pour partir enquêter au Québec, en association avec Vicky, son homologue locale. Tout cela va les emmener dans un complexe imbroglio familial et villageois tout au long du Saint-Laurent, voire jusqu'à Saint-Pierre-et-Miquelon. Marie Laberge use ici d'un style solide et accrocheur, qui use sans complexe de québécismes à l'occasion; les dialogues sont plutôt bien caractérisés, et parfois assez fins. Et les relations entre les deux enquêteurs sont l'occasion de mettre en évidence plus d'une différence de mentalité, à l'instar de l'approche qu'on a de la cigarette de part et d'autre de l'Atlantique.

P. J. Lambert, Le vengeur des catacombes, Paris, Fayard, 2007, 440 pages (lu par Daniel)
Il s'agit là du Prix du Quai des Orfèvres 2008. Une lecture rapide, agréable et somme toute passionnante dont l'intrigue commence au coeur des catacombes de Paris. On peut regretter que l'auteur abandonne ce décor pour poursuivre son action au niveau du sol; et pour apprécier ce livre, il faut aimer les dialogues! Cela dit, l'affaire fonctionne bien, en mettant en scène des policiers des deux sexes et un journaliste honnête mais qui aime les femmes... Ajoutez à cela quelques affaires de psychopathes, et vous comprendrez que, comme le dit le prière d'insérer, ce roman va "des bas-fonds de Paris aux tréfonds de l'âme humaine!". Un classique, mais qui fonctionne.
Et puisqu'on parle de Prix du Quai des Orfèvres, je recommande, dans la foulée, la lecture de "Crève, l'écran!" d'André Klopmann. C'est le premier lauréat suisse du prix, et j'ai été amené à collaborer avec lui quelques semaines.

Claude Lanzmann, Shoah, éd. Folio, 285 p. (lu par Bruno)
Shoah est d'abord un film : le documentaire de Claude Lanzmann consacré au génocide juif pendant la seconde guerre mondiale. On croyait tout savoir ou presque de cette période ; or, ce film sorti en 1984 a mis en avant un pan jusque là peu mis en avant : les témoignages des survivants. Ce film, d'ailleurs, n'est consacré qu'à ces témoignages. Il n'y a pas d'archives. Juste des hommes et des femmes qui parlent de leur expérience 30 ans après les faits. L'idée d'avoir fait un livre après ce film est formidable. D'abord parce que le film est très long (plus de 9 heures). Ensuite, le livre reprend l'intégralité des témoignages, des sous-titres et des voix off, sans aucun autre ajout. Autant les voix des survivants suffisent dans le film, autant les textes retranscrivent suffisent eux aussi. Ils sont puissants et inoubliables. Insupportables par moment. Si vous n'avez pas le temps de voir le film, lisez au moins ce livre ! C'est une oeuvre à l'importance considérable ! Je vous renvoie vers un lien d'un extrait du film. Note : 20/20

Stieg Larsson, Les hommes qui n'aimaient pas les femmes , Actes Sud, 575 p. (lu par Bernadette)
Premier volet d'une trilogie: Millénium.
Mikael Blomkvist, journaliste dans le journal Millénium, est jugé pour diffamation et se retrouve sur la touche. Il est alors contacté par un industriel pour résoudre l'énigme de la disparition de sa petite nièce, disparition qui a eu lieu 40 ans auparavant. Mickael va alors découvrir le clan Vanger et certains n'hésiteront pas à lui mettre des bâtons dans les roues. Mikael continuera malgré tout ses recherches pour résoudre l'énigme.
Roman palpitant! A lire absolument!!

Stieg Larsson, La reine dans le palais des courants d'air, Actes Sud, 711 p.(lu par Catherine)
Il s'agit du dernier volume de la trilogie Millenium, de cet auteur trop tôt disparu. Qu'en dire ? Sinon que j'ai rarement lu quelque chose d'aussi prenant ! A lire à tout prix !

Stieg Larsson, La fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette , Actes Sud, 652 p. (lu par Bernadette)
Ce deuxième tome est aussi convaincant que le premier. J'adore le style !

Stieg Larsson, La reine dans le palais des courants d'air , Actes Sud, 710 p. (lu par Bernadette)
Quelques longueurs dans ce dernier roman de la trilogie mais aussi de vrais moments, dommage qu'il n'y ait pas de suite !

Antoine Laurain, Fume et tue, Paris, Le Passage, 2008, 280 p. (lu par Daniel)
Antoine Laurain propose ici un thriller machiavélique. Son principe est a priori assez simple: un fumeur se fait soigner de son péché mignon par l'hypnose, poussé par sa femme. Il fume encore, sans en retirer aucun plaisir, sauf lorsqu'il vient de tuer un humain... naturellement, le gaillard va rechercher cette sensation tout en faisant le vide autour de lui. L'ouvrage est construit de façon telle que le lecteur est obligé de prendre position, et choisir le camp des non-fumeurs n'est sans doute pas ce qu'il y a de plus drôle... Un tout bon ouvrage, délicieusement irrévérencieux, dont il a déjà été pas mal question dans la blogosphère.

Blandine Le Callet, Une pièce montée, 252 p.(lu par Sandrine)
Une pièce montée, c'est bien le mot de ce mariage mené en grandes pompes. Chacun est habillé sur son 31, pomponné, sapé de pied en cap. Pour qui, pour quoi ? Pour les 2 tourtereaux ? Pour se rincer ? Pour flamber au cours du repas d'un princes ? Et montrer son bonheur aussi ? Qui, en grattant bien, est loin de sentir le bouquets de roses de la mariée.

Jean-Marie Gustave Le Clézio, Ourania, Paris, Gallimard, 2006/Folio, 2007, 336 p. (lu par Daniel)
Que diriez-vous d'un voyage dans les profondeurs du Mexique? J. M. G. Le Clézio narre ici la destinée de Campos, une cité idéale expérimentale créée dans des régions reculées du Mexique. Cela lui permet de faire passer quelques grandes valeurs, en particulier en ce qui concerne la protection de l'environnement. Le tout est écrit d'une manière intelligente qui donne l'impression que l'auteur mérite le Prix Nobel qu'il vient de recevoir.

Marin Ledun, Marketing viral, Vauvert, Au Diable Vauvert, 2008, 492 p. (lu par Daniel)
Un solide polar à la française, voilà ce que propose Marin Ledun. L'histoire conduit le lecteur de Grenoble à Mende, mais aussi à Berlin, dans une action qui met en scène les dérives des bio et nanotechnologies. C'est efficace, malgré quelques longueurs et beaucoup d'informations théoriques qui passent souvent par les dialogues. Et en plus, ça fait réfléchir.

Laurent Léger, Trafics d'armes, Paris, Flammarion/Enquêtes, 2006, 312 pages (lu par Daniel)
Toute guerre qui se respecte a ses fournisseurs d'armes attitrés... mais face aux embargos qui frappent les Etats belligérants, il faut parfois se fournir ailleurs qu'auprès des spécialistes institutionnels. C'est là qu'intervient le trafic d'armes. Laurent Léger présente ce monde lucratif et sinistre en choisissant de brosser les portraits des personnages qui ont marqué ce milieu. Des personnalités hautes en couleur, qu'il peint avec brio et un style journalistique qui sied bien au sujet. Une saine lecture, une bonne prise de conscience aussi.

Gilles Leroy, Alabama song, 188 p. (lu par Catherine)
Un roman sur Zelda Fitzgerald, l'épouse du célèbre Francis Scott Fitzgerald, auteur du non moins célèbre "Gatsby le magnifique". Un roman certes agréable, et qui a eu le prix Goncourt 2007, donc respect ! Je n'en aurais pas fait un prix Goncourt, mais en même temps je ne connais pas leurs critères de sélection ! Mais c'est bien quand même !

Gilles Leroy, Alabama Song, Paris, Mercure de France, 2007, 190 p. (lu par Daniel)
Ce roman retrace la destinée de Zelda Scott Fitzgerald, épouse de Francis Scott. On l'a crue folle; l'auteur choisit de lui donner la parole. Cela donne un récit en petites touches et en chapitres brefs, où alternent justifications et tranches de vie. Un ouvrage bref, volontiers introspectif, p0ur un Prix Goncourt mérité.
P. S. : coucou à Catherine, qui l'a lu également.

Didier Leuenberger, Larmes sèches, Lausanne, Editions d'En Bas, 2006, 142 pages (lu par Daniel)
Témoignage poignant et engagé d'un enfant dont le père bat sa femme et la brime sans cesse. Il y en a pas mal comme ça, c'est pourquoi j'ai eu eu une certaine impression de déjà-lu. Reste que le récit est assez fort, d'autant plus qu'il est perçu, justement, à travers les yeux de l'enfant. La langue adoptée imite donc l'oralité, et la forme choisie (recréation d'un journal) amène le lecteur dans l'introspection. On suit donc le narrateur à travers ses joies (il y en a!) et ses peines, ainsi qu'à travers les circonvolutions de sa pensée et de ses sentiments.

Roy Lewis, La véritable histoire du dernier roi socialiste, Actes Sud, 1993, 321 pages (lu par Daniel)
Roy Lewis restera dans l'histoire comme l'auteur de "Pourquoi j'ai mangé mon père", fresque préhistorique jubilatoire et hilarante. Avec sa "Véritable histoire", il produit un récit plus sérieux, moins immédiatement cocasse.... sur la base des mêmes thèmes. Le lecteur se retrouve donc en train de sourire çà et là, non sans plaisir, en lisant un livre bien construit qui dénonce les dérives du capitalisme... mais aussi ceux du socialisme, que ce soit celui d'hier ou d'aujourd'hui. Reste qu'il n'est pas évident, toujours, de suivre Roy Lewis dans un système qui, pour exposer des idées, privilégie le dialogue.

Carlos Liscano, Souvenirs de la guerre récente, Paris, Belfond, 2007, 160 p. (lu par Daniel)
Etonnante relecture et réécriture du roman "Le Désert des Tartares" de Dino Buzzati! L'auteur, un écrivain uruguayen qui a fait de la prison, ne revendique pas l'originalité à tout prix, mais assume ses passions et ses héritages. Sur ce coup-ci, il parvient à donner un nouveau sens à l'oeuvre magistrale de Buzzati, à la transfigurer à sa manière, en mettant en scène un personnage en quête de sens, enfermé malgré lui dans un camp de recrues militaires. La nature, et l'enfermement même (qu'on peut lire comme une métaphore de la dictature, dont on finit par s'accommoder voire faire son miel), vont y pourvoir.

Cormac Mc Carthy, La Route, éd. Olivier, 245 p. (lu par Bruno)
Dans un futur plus ou moins proche, les Etats-Unis ont été dévastés par une apocalypse dont on ne sait rien. Un père et son fils marchent le long d'une route et tentent de survivre. Sur cette intrigue mince, MC Carthy a bâti un livre puissant et poignant sur la survie et sur l'amour d'un père pour son fils. A mon sens, c'est une oeuvre majeure de la littérature contemporaine. Une bonne note donc pour ce roman : 19/20



Patricia Macdonald, Personnes disparues, Paris, Livre de Poche, 1999, 383 p. (lu par Daniel)
Pour varier les plaisirs, je me suis donc fait un bon gros thriller des familles, gagné en 2006 au Championnat d'orthographe de la Creuse, à Saint-Vaury. L'ouvrage est solidement construit, et témoigne d'une technique irréprochable de narration: le lecteur, à la fin, a les réponses à toutes les questions qui se posent au départ: qui a violé qui, qui est le méchant pédophile, qui est l'affreux kidnappeur de bébés? Tout cela, on s'en doute, se déroule aux Etats-Unis, dans de petites villes de la Côte Est. Le style est standard (rien à chercher de ce côté!), les personnages ont le minimum d'épaisseur qui fait qu'on y croit. Tout au plus peut-on regretter que les parents du bébé kidnappé (eh oui, c'est de cela qu'il s'agit!) soient très en retrait dans cette histoire. Distrayant.

Martine Magnaridès, Ceux de Mortemer, Lausanne, L'Age d'Homme, 1997, 235 p. (lu par Daniel)
Ce roman retrace la vie d'un couvent pauvre à la fin du XVIIIe siècle, alors que la Révolution française est imminente, puis éclate. Française d'origine, domiciliée dans le canton de Vaud où elle a produit toute son oeuvre, Martine Magnaridès crée ici un univers des plus poétiques. On goûtera la lenteur de la narration du début, synonyme du caractère intemporel de la vie monastique. Et l'on appréciera également les passages plus rapides où se concentre l'action, en particulier vers la fin, où se concentre le tragique: morts, arrestations, etc. Un très beau roman, écrit en mode mineur pour les ambiances, et en mode majeur pour ce qui est du style, qu'on goûte à doses mesurées.

Marcus Malte, Garden of love, Zulma, 2006, 318 p. (Lu par Daniel)
Ce roman n'a rien d'une bluette! Il embarque son lecteur dans un récit qui peut sembler étrange au premier abord: il faut s'habituer aux personnages, aux changements incessants de points de vue, aux jeux de cache-cache auxquels l'auteur se livre, avec une habileté indéniable. Mais le lecteur qui se laisse prendre par la main se retrouvera embarqué dans une histoire où se côtoient les moments de bonheur nimbés d'inquiétude et les heures tragiques, fortes, violentes. Le tout est porté par un style aux apparences brutes, mais qui est le fruit d'un travail tout en finesse. En conclusion, Marcus Malte livre là un ouvrage sombre, qui révèle une maîtrise incroyable de l'écriture. D'excellents moments de lecture, à déguster de préférence en écoutant les Impromptus de Schubert... ou le Requiem de Fauré.

Paule Mangeat, Côté Rue, Genève/Fribourg, Faim de siècle/Cousu Mouche, 2007, 137 p. (lu par Daniel)
Douze nouvelles d'inspirations diverses, peignant souvent le mâle humain sous son jour le plus odieux, parfois sensuelles, parfois noires, parfois porteuses d'espoir quand même: tel est le menu de ce petit recueil à l'écriture très personnelle, volontiers dérangeante, ludique aussi. Pas forcément ma tasse de thé, mais il faut reconnaître qu'il y a quelque chose.

Héléna Marienské, Le degré suprême de la tendresse, éd. Héloïse d'Ormesson, 208 p. (lu par Bruno)
Lecteurs chastes s'abstenir ! Ce recueil de pastiches sur le thème du sexe s'inspire d'un fait divers authentique (une histoire de fellation se terminant bien mal pour le violeur...) pour bâtir 8 nouvelles dans le style de La Fontaine, Houellebecq, Pérec ou Céline. C'est souvent malicieux et osé, parfois très, très cru mais une telle oeuvre écrite par une femme la rend d'emblée sympathique. Note : 17/20

Dominique Martin, Le petit garçon qui voulait atteindre les étoiles, Saint-Etienne, Gael, 2007, 109 pages (lu par Daniel)
Pas mal de tendresse dans ce petit ouvrage autoédité par l'auteur, qui constitue, en somme, le roman bref d'un garçonnet placé dans un orphelinat, que sa famille n'invite guère et qui doit passer ses vacances de Noël chez son oncle, sa tante et son grand-père en Bretagne. Le texte est assez touffu, parfois curieux, et l'édition n'est pas hyper-soignée (nombreuses coquilles et fautes d'orthographe). Mais l'auteur, malgré tout, fait preuve d'un beau sens de la poésie, et sait émerveiller par une phrase glanée ici ou là, ou en traçant de beaux portraits des personnages qui habitent son récit.

Olivier Mathieu, Le passage à niveau, 2008, 294 p. (lu par Daniel)
Avec "Le Passage à niveau", Olivier Mathieu signe le dixième tome des aventures de Robert Pioche, son double littéraire. Le propos porte ici sur la soif d'amour absolu qui relie Robert Pioche et Sara, entre France et Italie. Cela, naturellement, sans oublier le contexte et l'arrière-plan chers à l'auteur. L'oeuvre prend volontiers la forme d'un dialogue précis entre deux âmes, entre deux coeurs, plutôt que celle de la description de lieux de vie. Elle témoigne aussi d'un apaisement relatif, qu'on ne trouve pas forcément dans d'autres textes du cycle. Enfin, la métaphore du "passage à niveau" renvoie aux trains et au danger qu'il y a à se pencher par la fenêtre. Un danger que l'artiste accepte ici de courir afin de voir plus loin, ailleurs, mieux, etc.

Olivier Mathieu, Les pommes bleues, Paris, 2008, 48 p. (lu par Daniel)
Olivier Mathieu propose ici un petit ouvrage au lyrisme abouti et travaillé, à la fois ludique et fortement évocateur, pour un bilan de ce que fut son existence jusqu'à présent. Le lecteur y croise entre autres les personnages de François Villon, les femmes qui ont compté dans la vie de l'auteur, Alexis Curvers et d'autres personnalités, souvent disparues. Un petit délice à savourer pour la beauté du verbe et du drame. A lire également ici: http://www.fattore.com/Pommes.htm .

Olivier Mathieu, Le pauvre coeur, Nantes, Editions des Petits Bonheurs, 2008, 23 p. (lu par Daniel)
Olivier Mathieu fait preuve ici de tout son savoir-faire poétique afin de retracer un portrait de Minnie Bibble, personnage mineur mais attachant de l'oeuvre de Francis Scott Fitzgerald. On se retrouve donc face à un bref ouvrage qui, plus que l'action, privilégie la poésie et les beaux jeux de sonorités. A rapprocher des Pommes bleues, du même auteur, publié au printemps 2008.

Matsumoto, Tokyo Express, de l'année, éd. Picquier, 188 p. (lu par Bruno)
Il s'agit, semble-t-il, du plus célèbre polar japonais. L'inspecteur Mihara enquête sur une affaire a priori banal de suicide d'un couple. Mais quelques détails ne collent pas. En se basant sur des horaires de train, l'inspecteur découvrira la vérité. Un bon polar, assez astucieux et qui change de nos polars occidentaux. Note : 14/20

François Mauriac, Les Chemins de la mer, Paris, Grasset, 1999, 322 p. (lu par Daniel)
Le patriarche de la famille Révolou, notaire de profession, se suicide, ruiné par ses amours illégitimes avec une danseuse. Pour ne rien arranger, Mme Costadot vient réclamer un avoir qu'elle a chez lui, équivalant à 400000 francs. A partir de là, François Mauriac présente la manière dont un nouvel équilibre finit par se trouver, entre alliances contre nature, coups bas, amours acceptées puis refusées, sournoiseries, etc. Il explore les coeurs avec beaucoup de finesse, les met pour ainsi dire à nu, sous un jour qui ne les favorise pas: aucun personnage ne sort grandi de l'histoire, sauf sans doute Rose, la fille répudiée, qui devient libraire et vole de ses propres ailes, et Pierre, qui finit par s'engager dans l'armée après avoir écrit des vers pendant toute sa jeunesse. Beaucoup d'acuité dans le regard de l'auteur, donc, ce qui rend ce livre éminemment intéressant, même si ce n'est pas le plus connu de François Mauriac.

Daniel T. Max, La Famille qui ne dormait pas, éd. Robert Laffont, 316 p. (lu par Bruno)
Non, ce livre n'est pas un thriller à la Stephen King, comme le titre pourrait le laisser penser. Il s'agit d'un essai médical, tout aussi terrifiant, sur une étrange maladie : le syndrome de l'insomnie fatale familiale (IFF), une maladie dégénérative qui attaque impitoyablement le cerveau et dont le symptôme le plus spectaculaire est une impossibilité de dormir. Cette maladie rare touche quelques centaines de malades dans le monde, et parmi eux les membres d'une famille italienne depuis le XVIIIème siècle. En nous racontant cet étrange syndrome, l'auteur nous entraîne jusqu'en Papouasie car parler de cette maladie du sommeil c'est aussi raconter ce qu'est le prion, à l'origine de l'IFF. Le prion, que le grand public a découvert avec la maladie de la vache folle, a révolutionné depuis quelques dizaines d'années la médecine. On découvrait à cette occasion qu'une maladie pouvait être déclenchée par un organsime non-vivant, une protéine quasi indestructible ! Un livre de vulgarisation sur la médecine passionnant.

Patrícia Melo, Monde perdu, Arles, Actes Sud, 2008, 207 p. (lu par Daniel)
Avec "Monde perdu", l'auteur brésilien signe un épisode des aventures de Máiquel (c0mme Máiquel Jackson), criminel brésilien en cavale doté d'un coeur gros comme ça. Ce coup-ci, il part à la recherche de sa fille dans le cadre d'un road story aux accents de roman noir. L'ouvrage ne se dévore pas à la manière d'une série noire; mais il offre au lecteur attentif le portrait saisissant du Brésil d'aujourd'hui tel qu'on aimerait l'oublier, entre déforestation, paysans sans terre vivant vaille que vaille, autorités corrompues, mais aussi jolies filles et sentiments exacerbés. Un très beau texte, à sa manière - qui m'a fait penser à Le Clézio par certains aspects.


Eduardo Mendoza, Le dernier voyage d'Horatio II, Paris, Seuil, 2004/Points, 2005, 225 p. (lu par Daniel)
Horatio II est le commandant d'un vaisseau spatial chargé de conduire une cargaison de Vieillards Imprévoyants, de Délinquants et de Femmes Dévoyées quelque part au fin fond de l'espace. Cette mission, il l'accomplit après une carrière médiocre afin de s'assurer une retraite anticipée complète. Problème: les embûches vont se succéder sur son chemin, à commencer par les questions de ravitaillement. Tout cela est narré sur le ton de la franche rigolade, et les situations rocambolesques se multiplient au gré de trois stations spatiales plutôt étranges; ce roman prend donc des allures de caricature des poncifs de la science-fiction. Le tout, dans le style volontiers délirant dans lequel Eduardo Mendoza fait merveille.

Robert Merle, La mort est mon métier, éd. Folio, 370 p. (lu par Bruno)
Ecrit et sorti dans les premières années de 1950, ce roman a été un choc littéraire et il l'est encore d'une certaine manière. D'abord parce que ce roman fait partie des premiers grands livres traitant de la shoah, à une époque où cette réalité n'était pas encore acceptée. Ensuite parce que c'est un roman - aujourd'hui encore, la littérature concentrationnaire est vue comme un thème "sacré" à ne surtout pas être traité sous l'angle de la fiction. Enfin, l'audace vient du traitement même de ce roman : l'auteur s'est en effet mis dans la peau d'un nazi, en s'inspirant sans le nommer de la vie de Rudolf Hoess qui a été commandant du camp d'extermination d'Aushwitz. Cela donne une fausse biographie passionnante qui est aussi un portrait de l'Allemagne entre 1914 et 1945. Certaines périodes sont hélas un peu trop vite balayés (comme, paradoxalement la période des premières années de la seconde guerre mondiale). On aurait sans doute aussi aimé plonger un peu plus dans l'appareil du parti nazi. Mais enfin, le but de Robert Merle a été d'expliquer comment un soldat exemplaire a pu concevoir avec zèle, administrer sans état d'âme et exécuter plus de deux millions de juifs dans l'enceinte de son camp. Un livre édifiant, plus de 50 ans avant la sortie d'un autre grand roman sur l'univers concentrationnaire, fausse autobiographie d'un nazi aussi : Les Bienveillantes. Note : 16/20

Robert Merle, La mort est mon métier, Paris, Gallimard, 1952/Folio, 2005, 370 pages (lu par Daniel)
Classique de la littérature relatant l'époque nazie, "La mort est mon métier" relate le destin de Rudolf Lang, chef et concepteur du camp de concentration d'Auschwitz. Pour son personnage principal, l'auteur s'inspire de Rudolf Hoess, qui a piloté le camp en réalité et a laissé un document écrit de sa main à ce sujet. L'auteur sait rendre son propos passionnant et accrocheur, grâce à une écriture efficace et à une utilisation judicieuse des rouages du genre romanesque. Les pages où Lang évolue comme nazi ne sont peut-être pas les plus fortes, surtout après d'autres lectures, même si, dans l'absolu, les réflexions de Lang pour trouver le meilleur moyen de tuer des prisonniers en masse donne froid dans le dos. Tout aussi puissantes, sont les premières pages, qui peignent avec maestria l'ambiance lourde qui pèse sur la famille du petit Rudolf. Détails sur ma lecture de ce livre sur http://fattorius.over-blog.com/.

Hervé Mestron, Le couple, de l'année, éd. Comedia, 170 p. (lu par Bruno)
Le couple de l'année c'est Bruno et Bernadette, à qui leurs amis et familles ont offert un voyage en Egypte qui va s'avérer désastreux puis surprenant. Un livre unique, dans tous les sens du terme. L'éditeur Comedia propose en effet des livres sur-mesure dans lesquels vous choisissez les personnages, les décors et l'action d'un roman. omment ? Vous n'avez pas devinez qui sont Bruno et Bernadette ? Note : 12/20

Francis Mizio, D'un point de vue administratif, Paris, Baleine, 2008, 271 pages (lu par Daniel)
C'est l'histoire d'un bonhomme qui fabrique des camemberts pour l'administration française, et voit sa vie chamboulée lorsqu'il voit que le camembert, c'est bien meilleur et bien plus beau avec un coup de vin rouge du Chaman chilien... Vu comme ça, c'est surréaliste, mais c'est vraiment ça. A part, bien sûr, que les camemberts, ce sont des graphiques. Moins savoureux, n'est-ce pas? En revanche, le rouge est (presque) chilien, et il tache bien! Francis Mizio excelle à filer la métaphore culinaire tout au long de ce témoignage du petit monde de la fonction publique. Excellent!

Pierre Moinot, Coup d'Etat, Paris, Gallimard, 2004/Folio, 2007, 247 p. (lu par Daniel)
A l'occasion de "Coup d'Etat", Pierre Moinot plonge son lecteur dans la France du coup d'Etat de 1851 et dans l'incertitude qui caractérise l'époque, même si celle-ci est filtrée par le fait que tout se passe en province, loin des bouillonnements de Paris. Méhus, vétérinaire de son état, doit se cacher en raison de ses convictions républicaines, chassées par le régime du Prince-Président qui se met en place. Après des aventures dignes des meilleurs romans picaresques, l'auteur parvient à créer une coupure en blessant grièvement son personnage principal et en le mettant en convalescence - ce qui l'amène à réfléchir sur la vie, l'amour, les hommes, tout ça. D'homme d'idées, il devient ainsi homme d'humains. Le romancier, Académicien français par ailleurs, offre ici un roman qui ne sombre pas dans la facilité, et dans lequel on peut percevoir la parabole de l'homme intelligent qui lutte contre les idées dominantes de son temps. Autant dire que même si l'histoire se passe en 1851, tout cela reste très actuel.

Xabi Molia, Reprise des hostilités, Paris, Seuil, 2007 (de la page 108 à fin, page 351 - 243 pages) (lu par Daniel)
Marin cherche à venger son père, licencié par une entreprise lambda dans le cadre d’une restructuration, en entrant dans la garde rapprochée du parti provincial qu’anime celui qui pilotait ladite entreprise au temps de ladite restructuration. En désaccord avec les thèses populistes du responsable, il cherche à faire taire sa conscience, à la distraire dans des activités artistiques à Paris. On finit par retrouver Marin au paradis, un paradis un peu décadent en ce début de vingt et unième siècle.

Monsieur Z, Ministère amer, Grolley, Editions de l'Hèbe, 2007, 137 pages (lu par Daniel)
Monsieur Z a travaillé pendant trois ans et demi dans un ministère parisien, d'abord comme stagiaire, puis comme contractuel. Il évoque ses expériences dans ce petit livre, qu'il fait paraître dans une non moins petite maison d'édition suisse (fribourgeoise) qui a des visées sur l'Hexagone après avoir trouvé ses marques en Belgique. Concrètement, l'ouvrage évoque des choses vues, et développe de nombreuses considérations qui ne peuvent manquer d'inquiéter ou de faire sourire, de par leur caractère kafkaïen ou ubuesque, selon le point de vue. Une lecture agréable et rapide! Dans le genre, cependant, j'ai préféré Les Nouveaux ronds-de-cuir de G.-X. Culioli, qui fait une part plus grande aux personnes.

Michel Mohrt, Les Nomades, Paris, Albin Michel, 1951/Folio, 2002, 325 pages (lu par Daniel)
Encore un de ces livres où il ne se passe pas grand-chose, et qui pourtant parviennent à vous passionner. Son propos? Les rencontres d'Européens expatriés aux Etats-Unis, et en particulier la naissance, la floraison et la mort d'une histoire d'amour entre le Français Pierre Talbot et la juive hongroise Franci. L'auteur explore les âmes, mais sait aussi planter le décor propice aux évolutions d'une foule de personnages sans racines: un musicien à l'inspiration difficile et sa famille aux quatre vents, des étudiants d'universités prestigieuses, quelques photographes new-yorkais. Dernière chose, mais non la moindre: le récit est porté par un style jamais pris en défaut, extrêmement soigné. C'est beau.

François Morel, Les plus beaux villages du vin de France, éd. Flammarion, 100 p. (lu par Bruno)
Par un des plus fins connaisseurs français en vin, voici un très bel ouvrage : un voyage frais en France, dans ce qui reste le plus beau et le plus grand pays en matière de richesse viticole. De l'Alsace aux Pays de la Loire en passant par le "Versailles des vins" (la région du Médoc), on découvre de nouveaux aspects du pays de Rabelais.

Guillaume Musso, Parce que je t'aime, Xoeditions, 300 p. (lu par Bernadette)
Une petite fille disparaît et réapparaît cinq ans plus tard, muette. Les personnages sont très attachants et le roman est bien construit avec de nombreux flashs back. Génial!

Guillaume Musso, Seras-tu là ? 336 p.(lu par Sandrine)
Elliott est jeune médecin prestigieux à Manhattan dans les années 70. Outre d'avoir une carrière qui s'annonce exemplaire, il partage son coeur avec Illena. Seulement son coeur puisque les deux amants vivent à 2000 kilomètres l'un de l'autre. Elliott se refuse de la rejoindre encore, ni même de partager sa vie avec elle. La vie est bien dure. La belle meurt subitement. 30 années passent. Même si sa vie a été bien remplie, Elliott est hanté par le passé et obsédé de culpabilité. L'occasion insensé lui donne la possibilité de revenir en arrière. Mais est ce que le destin est rétrogradable ? C'est un des sujet préféré de Guillaume Musso. Je ne m'en lasse pas.

Guillaume Musso, Je reviens te chercher, 331 p.(lu par Sandrine)
Ethan, psychothérapeuthe prestigieux à New-York est le chouchou du grand public et des vedettes en vogue. Son dernier concept : le point de non-retour. Arrivé au bout de nos limites, de nos capacités à ne pas vivre pleinement et "heureusement" nos vies comme nous devrions les vivre, sans freins et sans maîtrise, plus rien ne peut plus être recommencé, refait, revu. C'est le précipice. Ethan est dans cette situation. Malgré ses devises et conseils, il se trouve être dans cette miasme. Un retour au normal est possible, 3 vies sont en jeu : la sienne, celle de Céline et de Jessie.
Ah Musso ! Bigre, toujours le même. Il y en a qui s'en lassent. Moi non.

Alexandre Najjar, Le Mousquetaire, Paris, Balland, 2000, 157 p. (lu par Daniel)
Ce petit livre retrace la destinée du publiciste français Zo d'Axa, si anarchiste qu'il refusait l'étiquette même d'anarchiste, synonyme pour lui de classement... On croise ici tout le monde des petits et grands anarchistes français du tournant du siècle, et l'on voyage aussi pas mal, puisque les positions du bonhomme l'amènent à être exilé plus souvent qu'à son tour par des tribunaux franchement expéditifs. Un personnage méconnu - que ce texte fait revivre avec bonheur, grâce à un style agréable, parfois un rien hagiographique.

Nicci French, Sourire en coin, 270 p. (lu par Bruno)
De retour du travail, Miranda trouve Brendan, sa dernière conquête, installé chez elle en train de lire son journal intime. Inadmissible pour la jeune femme qui le met à la porte. Or, trois semaines plus tard, Kerry, la soeur de Miranda, lui annonce la grande nouvelle de ses fiançailles avec un homme, sui se trouve être... Brendan. Voilà l'ancien amant de retour dans la vie de Miranda, mais pour le pire cette fois. La vengeance est un plat qui se mange froid et s'agissant de manipulation mentale, Brendan est vraiment très, très fort. Un polar anglais mené tambour battant par Nicci et French mais que j'ai trouvé un peu mollasson sur la fin. On passe cependant un bon moment même si je trouve que certains points du roman auraient mérité d'être un peu plus fouillés : l'affaire du journal intime, le personnage de Brendan et la fin. Note : 12/20

Nicci French, Au pays des vivants, 380 p. (lu par Bernadette)
Le principal ingrédient de ce roman est l'angoisse, parfois même difficile à surmonter. Je lisais pour le première fois ces deux auteurs et j'ai apprécié.

Nimrod, La Nouvelle Chose Française, Arles, Actes Sud, 2008, 122 p. (lu par Daniel)
Il s'agit là d'un recueil d'essais fort pertinent qui dépeint la difficile position de l'écrivain francophone non français, et en particulier de l'écrivain francophone africain, obligé de composer avec une réalité qui lui est propre (mais que doit-il en faire?), une histoire et une langue qui devrait être la sienne. Un ouvrage bien réfléchi qui appelle le débat.

Dominique Noguez, La véritable histoire du football, Paris, Gallimard, 2006, 127 pages (lu par Daniel)
Dominique Noguez propose ici un recueil de nouvelles placé sous le haut patronage de Jorge Luis Borges. Ses textes sont volontiers inspirés par l'histoire et l'actualité littéraires, et relatent par exemple la rencontre probable entre Rimbaud et Lautréamont. Tout cela est construit sur de magistrales manipulations du réel, qui sont séduisantes pour le lecteur, à la manière d'un Borges - doublé d'un certain humour. Ah, et à propos: le football est une métaphore des errements de la rumeur!

Saskia Noort, Retour sur la Côte, éd. Denoël, 314 p. (lu par Bruno)
A Amsterdam, Maria, modeste chanteuse de blues dont la carrière est déjà derrière elle, peine à gérer sa situation personnelle. Elle vit avec ses deux enfants nés de deux pères différents et sa vie familiale est pour le moins décousue. Enceinte d'un troisième enfant, elle avorte sans l'accord de son petit ami et se sépare de lui par la même occasion. A son retour de l'hôpital, un corbeau commence à la harceler : il est au courant de cet avortement et menace la jeune femme. Il pourrait s'agir de l'homme qu'elle a quitté mais aucune preuve n'accrédite cette thèse. Les menaces se faisant de plus en plus précises, Maria, pour se protéger, part se réfugier chez sa soeur Ans qui tient une pension de vacances sur la côte néerlandaise. A son arrivée, elle apprend que le mari d'Ans a disparu depuis une semain. Maria y voit un lien avec le corbeau qui la harcèle. Saskia Noort a frappé fort dans ce premier roman : ce thriller venu des Pays-Bas en a fait une figure littéraire importante de son pays. C'est mérité : Saskia Noort a conçu un polar à l'intrigue serrée et aux personnages complexes et attachants, avec une atmosphère lourde à souhait. Un bijou ! Note : 16/20

Emmanuelle Pagano, Les Adolescents troglodytes, Paris, P. O. L., 2007, 216 p. (lu par Daniel)
Le résumé de l'histoire tient en peu de chose: un transsexuel devient chauffeur d'autobus de ramassage scolaire dans son village de haute montagne plein de neige, qu'il/elle a quitté dix ans auparavant. Les courses sont l'occasion de réfléchir sur la vie, sur les enfants, sur soi et sur sa famille. Au final, on a un livre au style maîtrisé et travaillé, à l'oralité calculée, qui se lit avec plaisir.

Katherine Pancol, La valse lente des tortues, 677 p.
(lu par Sandrine)
La suite de "Les yeux jaunes des crocodiles".
Elle est assez lente l'entrée dans la valse. Mais on la termine à bout de souffle. Coupé d'ailleurs. C'est l'histoire d'une famille qui semble se désolidariser mais qui se reconstruit doucement mais sûrement. Comme ces charmantes petites tortues. Du moins certains, ceux qui se refusent de rester dans leurs habituels principes. Principes de précaution, principe du plaisir facile et factice, principes d'affichage, principes d'immobilisme... qui entrainent à la mort à petit feu voire même pire.
En tous les cas, la chevauchée des tortues a un dénominateur commun : la quête ou la reconquête d'un bonheur égaré ou jamais rassasié ou jamais connu. Les personnages marchent sur un fil tendu par un passé difficilement détricotable mais pas infaisable. Certains basculent du mauvais côté et s'y complaisent. Les autres, ma foi, continuent inexorablement leur chemin, bon an mal an.
Très bien mais aux tortues, j'ai préféré la dernière œuvre "Les yeux jaunes des crocodiles".

Thomas Paris, Avec ses moustaches, Paris, Buchet-Chastel, 2006, 148 p. (lu par Daniel)
L'auteur relate ici l'histoire du kidnapping d'un patron de télévision par une de ses anciennes connaissances d'école et par sa bande de gentils suiveurs. On se retrouve donc embarqué dans une vraie-fausse histoire d'enlèvement qui tourne au canular, rehaussé par quelques bonnes pages. Pas hyper-hilarant, mais ce petit livre peut faire naître quelques sourires par son ton décalé.

José Luís Peixoto, Le Cimetière de pianos, Paris, Grasset, 2008, 375 p. (lu par Daniel)
Un ouvrage assez déconcertant que celui-ci, qui mêle habilement le deuil et les douleurs qui frappent une famille du quartier lisboète de Benfica et l'espoir dingue suscité par l'un des personnages, Francisco Lazaro, courant au marathon de Stockholm en 1912 (il y laissera sa vie). La prose de l'auteur est celle d'un styliste qui a le goût du travail, ce qu'on constate aux nombreuses répétitions, toujours porteuses de sens ou d'une fonction dans l'oeuvre. Ca se lit, ça se mérite, ça s'apprécie à la vitesse d'une course de fond.

Chantal Pelletier, Intimités, Paris, Gallimard 2001/Folio, 2005, 113 pages (lu par Daniel)
Une découverte à deux euros. Et aussi une légère surprise: alors que le prière d'insérer annonce des nouvelles sombres autour de Bordeaux, et que la page de couverture montre un bouchon et un tire-bouchon en très gros plan, je m'attendais à des histoires de vin... eh! bien, pas du tout. Reste que tout cela est gouleyant quand même, et d'une lecture rapide. Chantal Pelletier n'est pas du genre "nouvelle à chute" inattendue et qui vous glace d'un coup. Sa force réside davantage dans la peinture des relations entre les humains: un homme écartelé entre son travail de surveillant de la qualité dans trois restaurants, sa deuxième femme impossible et ses deux enfants issus de deux lits distincts, une femme qui veut une nouvelle cuisine et l'obtient - mais à quel prix, une agente de police qui dévoile les secrets d'une famille d'antiquaires bordelais bien sous tous rapports, un club de femmes qui ont toutes un amant. Pas mal, pas mal - je me réjouis de lire autre chose de cet auteur.

Chantal Pelletier, Tirez sur le caviste, Paris, Suite noire, 2007, 93 p. (lu par Daniel)
Un bref roman pour rappeler que jeter sa femme morte, tuée d'une balle, dans le vinaigre en train de macérer, ce n'est pas forcément une bonne idée... Tout commence lorsqu'un caviste trucide son épouse, cuisinière désespérément nulle, et se met en quête d'une cuisinière pour la remplacer. L'affaire se poursuit, à deux voix puisque soudain, le chapitre 2 choisit d'offrir le point de vue de la cuisinière - du coup, le roman prend un petit coup de Virginie Despentes façon "Baise-moi". Sympa sans plus, rehaussé cependant par l'évocation de mille choses savoureuses.

Daniel Pennac, Chagrin d'école, 305p. (lu par Catherine)
J'aime bien cet auteur, et depuis longtemps... Ici, il nous livre ses souvenirs malheureux d'ancien cancre. Vu par son oeil neuf de professeur. Et contrairement à l'idée reçue, les cancres d'hier ne sont pas ceux qui se vantent, aujourd'hui, de l'avoir été jadis ! Etre cancre est une souffrance selon Pennac... une souffrance qu'il nous dévoile ici... et c'est très instructif...

Michaël Perruchoud, Le martyre du pape Kevin, Genève/Fribourg, Cousu Mouche/Faim de siècle, 2003, 137 p.
(lu par Daniel)
Un des ces romans qu'on trouve trop courts: quelques éminences grises entourant le souverain pontife s'avisent que l'image de l'Eglise catholique doit être rafraîchie. Ils font donc appel à une équipe de consultants qui leur mettent dans les pattes, après casting, le pape Kevin Ier. Tout marche comme sur des roulettes... avec, naturellement, les petits inconvénients liés à un pape de 32 ans. L'auteur parvient à glisser le scandale du sperme sur le caleçon (un tout petit peu Monica Lewinski, tout ça!) et un décès grand-guignolesque à coups de hache, suivi de funérailles qui ne sont pas sans rappeler celles de Lady Diana. Ca commence en douceur, mais certaines pages sont savoureuses sous un ton faussement sérieux rehaussé de traits d'esprit. Au final... on en redemande!

Michaël Perruchoud, Passagère, Lausanne, L'Age d'Homme, 2004, 128 pages
(lu par Daniel)
Qui est Caroline? Quelle est cette femme qui semble se remémorer son existence au moment où celle-ci semble s'achever? Telles sont les questions que porte ce volume de l'écrivain genevois Michaël Perruchoud. L'existence de Caroline bascule au terme d'un voyage en Asie avec Thierry, interrompu brutalement par une rupture: Caroline prend alors l'avion, qui s'écrase... et survit à la catastrophe. Avec elle, Jean-Claude, qui deviendra le nouvel homme de sa vie, avec ses qualités et ses défauts. L'ouvrage est écrit par touches, l'auteur présentant des éclats de vie de quelques paragraphes, épars, passant de l'enfance aux jours de la vieillesse, pour constituer un portrait finalement bien vivant au caractère intemporel.

Anne Perry, Meurtres à Cardington Crescent, 382p. (lu par Catherine)
Je suis moins sensible qu'avant aux charmes d'Anne Perry, mais ça vaut toujours la peine d'essayer ses romans, enquêtes se passant en Angleterre, sous la reine Victoria. Si on en a lu d'autres, ben c'est un peu répétitif...

Claude-Jean Poignant, Travailleries de Mémoire (Dictionnaire encyclopédique de Saint-Aaron et des environs), éd. A la Ville d'en Bas, 141 p. (lu par Bruno)
Cet essai sous forme d'encyclopédie est le livre posthume de Claude-Jean Poignant que j'ai eu la chance de rencontrer. Saint-Aaron est une petite ville des côtes d'Armor ou l'auteur a posé ses valises et est parti à la rencontre de ses habitants et de leurs souvenirs. Des histoires de traditions, de travaux, de fêtes locales. Des histoires de chevaux aussi. Un recueil touchant.

Eberhard Raetz, Le dernier jour de l'espion Reiss, Vevey, L'Aire, 2008, 215 p. (lu par Daniel)
Ecrivain et chimiste allemand installé en Suisse, Eberhard Raetz signe ici un roman fondé sur un fait divers réel: l'assassinat de l'espion soviétique juif Ignace Reiss à Lausanne, en 1937. L'ouvrage est fort documenté; l'auteur, pour sa part, puise dans son imagination pour boucher les trous et raconter comment a pu se passer la dernière journée d'un espion. Au final, le lecteur découvre un ouvrage qui fait la part belle à l'introspection et aux crimes du communisme, et réserve de nombreuses et splendides descriptions du Valais - et des lieux qui, à Lausanne, abritent le drame: on reconnaît certains endroits, voire certains établissements. Rien à voir avec un thriller, cependant, mis à part la présence d'un nid d'espions et, à la fin, d'un cadavre...

Gérard Ramstein, Requiem pour une puce, Paris, Seuil, 2001, 383 p. (lu par Daniel)
Mystère et horreur sur Cambridge, où un étrange assassin dessoude un par un les plus éminents professeurs de l'auguste établissement en recourant à des fléchettes enduites de curare. Sur une telle trame, l'auteur amène son lectorat à découvrir certains éléments sympathiques des mondes des mathématiques, de la logique et d'autres univers connexes, comme Jostein Gaarder l'a fait pour la philosophie dans "Le Monde de Sophie". Le tout est rehaussé d'une pointe d'humour, et l'histoire fonctionne bien! Cela, d'autant plus qu'elle fourmille d'allusions qui parleront même aux plus férus d'informatique.

Jean Raspail, Sire, Paris, De Fallois, 1991, 280 p. (lu par Daniel)
Jean Raspail signe ici l'épopée, la destinée même, de Philippe Pharamond, héritier du trône de France, qu'on s'apprête à sacrer et couronner en l'an de grâce 1999. De la superbe ouvrage, avec un zeste de magie qui se révèle petit à petit pour éclater en pages splendides. Pour ne rien gâcher, cet ouvrage se ressent de l'importante culture générale de l'auteur, et est empreint d'une grande sincérité. Un peu de nostalgie semble suinter des décors et des propos, et le fantastique n'est jamais loin... normal quand on parle des rois du passé et de l'avenir. Lecture détaillée ici: http://fattorius.over-blog.com/article-21011185.html

Florentine Rey, Blandine-Marcel 2, Business Story, Paris, Michalon, 2007, 106 pages (lu par Daniel)
Ce bref roman fait suite à "Blandine-Marcel", et en conserve l'esprit: le monde vu par un enfant qui s'est inventé un frère/soeur, Blandine-Marcel justement. Après l'épopée des vacances du tome 1, voici que la narratrice et son alter ego se lancent dans la création et la direction d'une fabrique de coussins à l'enseigne de B&M. A dimensions enfantines, cela donne des relations équivoques avec Welly, le voisin, à la fois concurrent et tout le temps fourré chez B&M; des lapins partout pour créer des coussins en peau de lapin (mais qui va les tuer?), des Roumains qu'on soupçonne en permanence, et des subventions qui ne viennent pas. Bref, une petite entreprise qui connaît ses crises... avec naturellement, de temps à autre, le rappel d'impératifs purement parentaux. Ce mélange des langages de l'entreprise et de l'enfance font de ce petit texte un moment de lecture agréable et savoureux, profondément original.

Claude Ribbe, Le Crime de Napoléon, Paris, Privé, 2005, 201 p. (lu par Daniel)
Napoléon Bonaparte est-il le sombre prédécesseur d'Adolf Hitler? La comparaison tient la route à cent pour cent pour l'auteur de cet ouvrage, en tout cas en ce qui concerne l'aspect de la vie de l'Empereur qu'il a choisi d'éclairer: le rétablissement de l'esclavage dans les colonies, en 1802, les révoltes, l'extermination des populations noires, etc. Claude Ribbe tient là un sujet splendide et méconnu, et l'observe de manière fort détaillée en partant de documents d'époque, ou presque. Sa prose se lit par ailleurs, littéralement, comme un roman. Dommage, cependant, que sa passion l'emporte parfois sur l'observation froide, poussant l'auteur jusqu'à traiter de "révisionnistes" les historiens plus cléments avec Napoléon Bonaparte et, parfois, à trop rejeter certaines responsabilités sur le colonisateur.

Louis-Bernard Robitaille, Le Salon des immortels, Paris, Denoël, 2002, 315 pages (lu par Daniel)
Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur l'Académie française sans oser le demander: tel pourrait être le sous-titre de cet ouvrage fort complet sur la vénérable institution du Quai de Conti. Tout y est abordé avec un regard critique: histoire, idéologies, personnalités, mode d'élection, patrimoine immobilier (si, si!). L'auteur a eu le souci de retracer un état d'esprit, par ailleurs illustré par une poignée d'entretiens (les "visites" intercalaires) avec des Immortels en place au moment de l'écriture de cet ouvrage. Le tout se laisse lire fort agréablement, ce qui ne gâche rien.

Knud Romer, Cochon d'Allemand, éd. Les Allusifs, 187 p. (lu par Bruno)
Voilà un livre bouleversant et passionnant ! Le narrateur et auteur de ce livre raconte en un peu plus de 180 pages denses son enfance dans le Danemark rigoureux des années 1960/1970. A cette époque, la seconde guerre mondiale est à la fois lointaine et proche. En tout cas, elle a laissé de profondes traces. Knud et ses parents, un couple mixte germano-danois, doivent faire face à l'hostilité des citoyens du petit village danois où ils vivent. Le petit garçon est la première victime de ces attaques à peine masquées. C'est l'occasion aussi de raconter l'histoire de la famille du petit garçon à travers le XXème siècle. Des personnages inoubliables nous sont décrits : un grand-père maternel allemand - Papa Schneider - à la stature impressionnante ; des grands-parents paternels fourvoyés dans des aventures commerciales autant originales et désastreuses ; un père aussi mystérieux que rigoureux et surtout une mère dont la destinée hors du commun est la pierre angulaire de ce livre. On ne peut pas ne pas citer le récit burlesque de l'arrivée des soldats allemands en 1940 dans le petit village danois ou bilen l'étrange testament de l'oncle Heinrich... Un récit magnifique. Un chef d'oeuvre à mon avis.

Ron l'Infirmier, La Chambre d'Albert Camus, Paris, Privé/Roman, 2006, 284 p. (lu par Daniel)
Il s'agit là de chroniques d'un infirmier, qui sentent le vécu en dépit de l'habituel avertissement en début de volume ("Toute ressemblance avec, etc."). Celles-ci sont de toutes façons couvertes par le voile de l'anonymat. Mais elles révèlent à chaque fois une humanité avec ses petites qualités et ses petites faiblesses, dans le style rapide et direct qui serait celui d'un blog, rehaussé d'un soupçon d'humour bien particulier puisque bien souvent, ces "tranches de vie" évoquent des personnes fort atteintes dans leur santé, voire à l'article de la mort. Savoureux.

Philippe Routier, Le passage à niveau, Paris, Le livre de Poche, 2006, 123 p. (lu par Daniel)
Guillaume, mécanicien de locomotive, fonce dans une voiture malencontreusement placée sur sa voie avec trois occupants. Telle est la scène capitale... il va rechercher le contact avec Cyrille, un ami de la famille décimée. L'événement va lui ouvrir les yeux sur le métier de mécanicien, et lui rappeler, si besoin était, le danger de certains passages à niveau. Le propos est finement observé, psychologiquement bien construit, et bénéficie d'une terminologie qui trahit un auteur fin connaisseur de la SNCF. Je crois du reste savoir qu'il y travaille, comme son nom ne l'indique pas.

J.K. Rowling, Harry Potter et les reliques de la mort, 810 p. (lu par Sandrine)
Sans vexer ceux qui se refusent de lire Harry Potter, vous commettez là une grave grave erreur. Que dire de plus que c'est simplement un petit bijou ! Et dire que ces livres étaient destinés aux adolescents. Remarquez, je me dis que je n'en suis jamais sortie vraiment. Et c'est tant mieux tellement c'est bon.

J.K. Rowling, Harry Potter et les reliques de la mort, 810p.(lu par Catherine) Le dernier tome de Harry Potter (paraît-il). Comme Sandrine, j'aime bien...

J.K.Rowling, Harry Potter, les Reliques de la mort, 810 p. (lu par Bernadette)

Annie Saumont, C'est rien ça va passer, Paris, Julliard, 2001/Presses Pocket, 2005, 151 p. (lu par Daniel)
Les courtes nouvelles qui composent ce petit recueil témoignent d'un style, c'est certain. Mais à force, j'ai eu l'impression que tout le monde parlait un peu la même chose, narrateur et personnages. Un peu déçu, donc, par ces histoires - alors qu'Annie Saumont est considérée comme une maîtresse du genre.

Roberto Saviano, Gomorra, Paris, Gallimard, 2007, 357 p. (lu par Daniel)
Inutile de résumer cet ouvrage: on sait bien que c'est la description minutieuse de la mafia de Naples ou camorra, de son fonctionnement et de ses activités. Reste que cette lecture marquera plus d'une personne, tant la mafia touche à des domaines insoupçonnés et tant le respect de l'humain en est souvent absent. A noter, par ailleurs, qu'après cette saine et forte lecture, vous saurez tout, entre autres, sur votre chemise Valentino et sur l'un des habits les plus médiatisés d'Angelina Jolie. Cela, sans compter les dessous de la mozzarella de bufflonne...

Eric-Emmanuel Schmitt, La part de l'autre, Albin Michel, 492p. (lu par Catherine)
Que se serait-il passé si Adolph Hitler avait été reçu aux Beaux-Arts à Vienne ? Un roman qui nous livre deux vies parallèles, celle d'Adolph Hitler, le futur dictateur que l'on connait, et celle de l'homme qu'il aurait pu être si... Un passage que j'ai aimé, Hitler ému devant le tombeau de Napoléon : "Un petit Corse et un petit Autrichien ! Curieux ! Les grands hommes des grands pays naissent toujours petits dans leurs petites annexes (...) " Ca me rappelle quelqu'un, pas vous ?

Marcel Schwob, Oeuvres (Coeur double, La Croisade des enfants, Spicilège et essais), éd. Phébus, 364 p. (lu par Bruno)
Ce recueil rassemble l'essentiel de l'oeuvre de Marcel Schwob. Cet auteur, tombé dans l'oubli, mort à moins de 40 ans au début du XXème siècle, a cependant laissé une oeuvre originale et puissante qui me semble particulièrement actuelle. De son vivant, M. Schwob a d'ailleurs été salué par des maîtres comme Cocteau , Gide ou Paul Valéry comme un auteur majeur. Les 3 livres que j'ai découverts sont assez significatifs de son talent. Coeur Double est un recueil de nouvelles fantastiques à l'écriture exigeante et lyrique. J'ai cependant préféré la Croisade des Enfants. Ce court texte (moins de 20 pages) pastiche des chroniques médiévales qui racontent, avec des narrateurs différents (un lépreux, des enfants, un clerc, deux papes, notamment) la véridique croisade d'enfants en 1212). Spicilège est un recueil de textes dont le plus passionnant est celui consacré à François Villon. Marcel Schwob a été un grand découvreur de ce poète hors norme, l'un des fondateurs de la littérature et de la poésie française. Un essai qui en plus nous replonge dans la France du XVème siècle et dans la société des marginaux de cette époque. Note : 18/20

Arnold Sènou, Ainsi va l'hattéria, Paris, Gallimard/Continents noirs, 2005, 162 p. (lu par Daniel)
"Ainsi va l'hattéria" est un court roman fort nourri et compact qui relate la destinée d'un enfant handicapé physique qui, malgré les épreuves et les quolibets, va devenir une personne honorable dans son pays - un pays d'Afrique noire qui pourrait être le Bénin ou tout autre. L'auteur livre ici sa vision d'un continent qui se bat pour sortir de ses problèmes, usant d'une langue riche qui se développe en longues phrases, en longs paragraphes qui ont quelque chose d'accrocheur. Lecture détaillée ici: http://fattorius.over-blog.com/article-21063443.html

Ivan Sigg, L'annonce faite à Joseph, Paris, Julliard, 1999, 209 p. (lu par Daniel)
Ce roman décapant, hénaurme, truculent même à l'occasion, retrace l'enfance du petit Vladi, fils de Joseph, psy communiste, et de Marie, enseignante du même bord. Il prend des coups, en donne aussi de temps en temps, apprend à nager et s'instruit au tambour... autant d'occasions, pour l'auteur, de narrer des épisodes hauts en couleur au fil de chapitres brefs qui se veulent autant de photos des temps anciens (toute l'affaire commence en 1960). A noter, en particulier, un art consommé du jeu de mots, qui rend le propos volontiers très drôle.

Sumana Sinha, Fenêtre sur l'abîme, Paris, La Différence, 2008, 237 p. (lu par Daniel)
Une pure merveille que ce roman, le premier écrit en français par cette auteur indienne, qui retrace la destinée de Madhuban, jeune Indienne mise au ban de sa famille parce qu'elle aime un diplomate français marié. Elle décide de faire sa vie à Paris, y connaît des émois amoureux, y travaille, s'y marie, y prend un amant, sans que jamais, elle ne soit vraiment intégrée. Eternelle touriste, Madhuban devient ainsi un "passager en zone de transit d'aéroport", chez elle nulle part, finissant par sombrer dans la folie au terme d'un impossible et brûlant amour avec David.

Alain Soral, Vers la féminisation?, Paris, Bibliothèque Blanche, 1999/2007, 198 p. (lu par Daniel)
Dérangeant, forcément dérangeant... Alain Soral dépeint les différences entre l'homme et la femme, à sa manière, et retrace les implications que cela a sur leur fonctionnement respectif - et conclut que quelque part, notre société fait fausse route. Les sources? Freud et Marx, naturellement. Le ton de l'ouvrage est volontiers provocateur, ne serait-ce que par la terminologie choisie (pétasses contre flippées, fiottes, etc.); mais il présente une grande force: on peut comprendre le propos de l'auteur... et donc se dire en accord ou en désaccord avec lui sans trop se prendre la tête.

Annick Stevenson, Blanche Meyer et Jean Giono, Actes Sud, 2007, 249 p. (lu par Daniel)
Se mettant dans la peau d'une chercheuse curieuse, l'auteur choisit de dévoiler un amour secret, bien caché mais marquant, de l'écrivain Jean Giono. Le résultat? C'est une biographie de l'amante en question, Blanche Meyer, peinte en esprit libre, à partir d'un témoignage inédit écrit de sa main. C'est aussi un portrait de l'écrivain, de ses écrits, de son caractère. Un bel ouvrage, donc, porté par un style fluide des plus agréables, vecteur de tendresse, mais aussi de passion et d'émotions fortes.

François Sureau, L'Obéissance, Paris, Gallimard, 2006, 156 p. (lu par Daniel)
Un petit livre qui met en scène le sympathique et véridique personnage d'Anatole Deibler, bourreau de Paris pendant la Première Guerre Mondiale. Sa mission? Aller exécuter un coupable à Furnes, en Belgique occupée par les Allemands - ce qui implique le transport d'une guillotine. Sujet sérieux traité avec adresser par l'auteur, qui fait alterner les points de vue et les formes d'écriture, en fonction des voix de ses personnages: le bourreau, sa femme, des officiers, des soldats, le condamné, etc. Le style est à la fois classique et solide, parfois rehaussé de quelques formules qui fleurent bon le vieux.

Brina Svit, Coco Dias ou La Porte Dorée, Paris, Gallimard, 2007, 246 pages (lu par Daniel)
"Si tu écris sur moi, je t'apprends à danser": telle est la première phrase de ce roman, un pacte entre la narratrice et le tanguero Coco Dias. Elle donne le ton en présentant le deal, et le lecteur n'a plus qu'à se féliciter d'avoir choisi de continuer dans cet ouvrage à la construction intelligente, qui sonne vrai et fait voyager au rythme du tango, de Paris à Buenos Aires. Cela, tout en faisant quelques détours et en franchissant quelques passerelles par les "Ménines" de Velazquez et par l'ombre du personnage principal du roman avorté de la narratrice, qui hante ces pages.

Guillaume Tavard, Le petit grain de café argenté, Paris, Le Dilettante, 2003/Presses Pocket, 2005, 253 p. (lu par Daniel)
Un petit livre qui se lit rapidement et qui relate une année de la vie de Guillaume, 22 ans, embauché par Fresh, une entreprise de restauration rapide spécialisée dans les sandwiches et les cafés. La carrière du petit Guillaume va l'amener à tâter de tout cela et à découvrir ce que les entreprises peuvent avoir de foireux en termes de promotions en carton-pâte, de formations gommeuses, de perspectives filandreuses, etc. Le tout est raconté avec beaucoup d'agrément, dans une langue fort travaillée pour qu'elle reste simple.

Roderick Thorp, Piège de cristal, Paris, J'ai Lu, 1988, 183 pages (lu par Daniel)
Il s'agit là du roman qui a inspiré le film "Die Hard 1: Piège de cristal", avec quelques différences et ajustements. Ca fait du bien de se replonger dans un thriller d'avant l'invention du téléphone portable; mais celui-ci prend vite une forme assez linéaire où un type cherche à en tuer douze autres, l'un après l'autre, tout en gérant ses rapports avec la police. Pour un surcroît d'émotion, on aurait apprécié que l'auteur donne davantage de place aux otages, qui constituent l'enjeu de cette histoire. Surtout que celle-ci a lieu pendant la nuit de Noël... élément peu exploité également.

Claudine Tissier, Sujitha, La fille à la tâche en forme d'une étoile, éd. Filaplömb, 22 p. (lu par Bruno)
Les éditions Filaplömb puublient exclusivement des nouvelles. Il faut soutenir cette petite maison d'édition audacieuse et de qualité ! Merci à Daniel de me l'avoir fait découvrir ! C'est une nouvelle d'une excellente facture qui nous est proposée ici. L'histoire de cette épouse indienne découvrant avec stupeur et émerveillement le désir amoureux pour un inconnu est un petit bijou. Je vous conseille ce petit livre ! Note : 19/20






Laurent Trousselle, Marche, arrêt. Point mort, Fribourg/Genève, Faim de Siècle/Cousu Mouche, 2007, 203 pages (lu par Daniel)
Terroriste en Suisse, est-ce possible? C'est ce que tend à démontrer ce roman qui retrace la destinée d'un personnage qui, après un sévère accident en montagne, souffre d'une sorte de dépression dont il ressort avec des pulsions homicides qu'il mettra en oeuvre dans des lieux divers, propres à brouiller les pistes: école, train, etc. Ce petit thriller helvétique de style particulier, écrit par un auteur belge domicilié près de Zurich, recèle un suspens certain, où seule la toute fin vient éclairer l'ensemble. Ce qui constitue un tour de force de technique romanesque - je n'en dirai pas plus, pour ménager l'ensemble du suspens.
Présentation détailllée ici: http://fattorius.over-blog.com/article-20780762.html

Robert Van Gulik, Assassins et poètes, éd. 10/18, 279 p. (lu par Bruno)
Van Gulik s'est servi d'un personnage historique, le juge chinois Ti (630-700) pour créer une série de polars chinois. Dans cette aventure, le juge Ti enquête sur la mort d'un jeune étudiant en littérature. La solution à cette énigme pourrait bien venir grâce à la poésie, à un retour sur le passé et... aux renards. Un très bon polar, raffinée et subtil.

Marc Vilrouge, La peau fantôme, Paris, Le Dilettante, 2005, 121 p. (lu par Daniel)
En un bref roman décliné en flashes intenses, l'auteur, décédé le 15 janvier 2007 à l'âge de 35 ans, retrace le deuil de son narrateur, un deuil vécu à fleur de peau, littéralement. Cela donne l'occasion de découvrir l'épiderme dans tous ses états, tatoué, poilu ou non, sensible, touché, caressé, etc. Un excellent abrégé sur une thématique originale, placé sous le signe de "La Maladie de la mort", monologue de Marguerite Duras.

Pierre Vinclair, L'Armée des chenilles, Paris, Gallimard, 2007, 156 p. (lu par Daniel)
Etrange histoire que celle-ci, qui relate la destinée d'un fils qui se met à la recherche de son père biologique et de son père véritable, Luis. On découvre ici, peu à peu, une sorte de drame familial où l'inséminateur devient l'amant de la mère. Le tout est narré sur un ton fortement poétique, toujours très imagé, et parfois illuminé.

Maxime Vivas, La face cachée de Reporters sans frontières, Bruxelles, Aden, 2007, 258 p. (lu par Daniel)
Le présent ouvrage constitue un réquisitoire assez lourd contre l'organisation Reporters sans frontières. L'auteur s'est en effet adonné à une enquête à charge assez bien étayée, quoique orientée, mettant l'accent sur l'action de Reporters sans frontières au Venezuela, en Serbie, à Cuba, etc., mais aussi en épluchant les comptes de l'ONG et en allant voir qui la finance. Un ouvrage nécessaire donc, mais son équivalent neutre reste à produire. Détails ici: http://fattorius.over-blog.com/article-21903227.html

Winifred Watson, Cette sacrée vertu, 222 p. (lu par Bruno)
Cette comédie à l'anglaise, je l'ai savourée et je vous la conseille. L'histoire raconte 24 heures d'une drôle de journée vécue par une vieille fille prude et collet montée, Miss Guenièvre Pettigrew. Alors que cette respectable dame cherche un poste de gouvernante, elle débarque dans l'appartement d'une magnifique jeune artiste en nuisette qui lui demande son aide pour se débarrasser d'un amant un peu trop collant. C'est le début d'une folle journée qui va transformer la vie de cette Miss Pettigrew qui fait la connaissance d'amis, retrouve goût à la vie et se trouve des ressources et des qualités insoupçonnées. Si vous n'avez pas le moral, je vous conseille ce petit livre sans prétention, joyeux, pétillante et classe comme une coupe de Champagne. Note : 15/20

Lauren Weisberger, Le Diable s'habille en Prada, Paris, Presses Pocket, 2003, 507 p. (lu par Daniel)
L'épopée tragi-comique d'une jeune femme qui vient de finir ses études universitaires et se retrouve propulsée au poste d'assistante de la rédactrice en chef d'un journal de mode absolument glamour et absolument tyrannique. On nage en pleine chick lit, mais pas seulement; et les scènes rocambolesques se suivent sans forcément se ressembler, un épisode impossible succédant à un autre à un bon rythme. J'ai commis une analyse plus détaillée de ce roman sur mon blog. A consulter ici: http://fattorius.over-blog.com/article-19801388.html

Scott Westerfeld, Pretties, Paris, Pocket Jeunesse, 2007, 385 p. (lu par Daniel)
Le rideau s'ouvre sur l'histoire d'une gamine de seize ans, Tally, récemment promue Pretty à la suite d'une opération qui la rend à la fois immensément belle et écervelée, avec pour seul but dans la vie d'être "intense". Son existence se résume donc à des fêtes sans fin, suivies de grasses matinées avec gueule de bois et recherche d'un costume pour la soirée suivante. Lors d'une fête, un Ugly (caste présentée comme inférieure) se rappelle à son bon souvenir et à une lettre. Alors, tout est-il vraiment pour le mieux dans le meilleur des mondes? Tally va chercher à s'échapper du monde vide et technologique (on est quand même dans une histoire de science-fiction) des Pretties, d'où pas mal d'aventures, entre autres avec un garçon nommé Zane. On peut se demander quel type de valeurs un tel ouvrage, destiné à de jeunes adultes voire à des jeunes tout court, veut véhiculer. L'histoire fonctionne plus ou moins, mais la première partie, avec son côté "bande de c..." dépourvu de complexes, a quelque chose d'énervant. Pas ce que j'ai lu de mieux, donc. Cet ouvrage fait partie d'une tétralogie; un lecteur intéressé serait donc bien inspiré de commencer par le tome 1, "Uglies", qui, je suppose, plante le décor et permet de mieux comprendre certaines allusions du tome 2, "Pretties" justement.

Tracy Wilkinson, Les exorcistes du Vatican, Paris, ViaMedia/Litté, 2007, 249 p. (lu par Daniel)
L'auteur fait découvrir à son lectorat un monde méconnu, celui de l'exorcisme - qui ne se limite pas à quelque film célèbre, mais constitue une réalité bien concrète puisque la chasse des démons est une des missions de l'église catholique. L'approche est certes rationnelle, mais on salue l'effort consenti par la journaliste pour pénétrer dans le mode de pensée du catholicisme, tracer des portraits d'exorcistes (à l'exemple d'Emmanuel Milingo) et de "patients". Tout au plus notera-t-on une certaine faiblesse dans l'approche des cultes sataniques, assimilés un peu vite au fait de jeunes délinquants sans repères: on aurait aimé connaître mieux certains enjeux. Essentiellement menée en Italie, cette enquête est enrichie d'un chapitre consacré à l'exorcisme tel qu'il est perçu en France. Passionnant.

Tom Wolfe, Moi, Charlotte Simmons, Paris, Presses Pocket, 2007, 1008 pages (lu par Daniel)
Charlotte Simmons? Une jeune provinciale américaine hyper douée qui se retrouve dans la cour des grands, à savoir dans une université de prestige où les fils de gros sacs se retrouvent pour faire la foire et, accessoirement, étudier. La jeune femme va passer par tous les états, de la fierté bafouée à la dépression nerveuse. Autour d'elle, une nuée de mecs qui sont autant d'occasions, pour l'écrivain, de montrer certains aspects de la vie des campus américains: équipe de basketball, fraternités et sororités, journal des étudiants, cercles de pensée. Le tout constitue un portrait-charge des établissements américains d'enseignement supérieur, entre Bridget Jones et le tragique le plus sombre. Le tout est porté par une langue efficace, rapide, parfois musclée - tout au plus peut-on regretter le maintien du mot "fuck" dans la traduction, qui sonne parfois un peu artificiel en français. La fin me paraît un peu trop ouverte, par ailleurs: l'héroïne n'a certainement pas réglé tous ses petits problèmes, ni d'ailleurs certains autres personnages. Mais enfin, le bilan de cette grosse lecture bien savoureuse reste amplement positif !

Yan Lianke, Servir le Peuple, éd. Picquier, 188 p. (lu par Bruno)
Un livre qui a fait scandale en Chine à sa sortie il y a quelques années. Normal : la Chine est une grande démocratie ! Non, je plaisante... Ce roman serait un peu l'équivalent chinois de L'Amant de Lady Chatterley. La jeune femme d'un colonel, aussi belle et exigeante qu'assoiffée de sensualité, trouve son plaisir entre les bras d'un simple soldat. Et les jeux érotiques des amants vont jusqu'à l'utilisation et la profanation des symboles de la Révolution Rouge. Un roman passionnant, distrayant, magnifiquement écrit et à la fin surprenante. Note : 19/20

Myret Zaki, UBS, les dessous d'un scandale, Lausanne, Favre, 2008, 220 p. (lu par Daniel)
Exemple emblématique que celui de l'UBS! Prise dans la tourmente des subprimes, elle a été obligée de se repenser en profondeur, et ça risque de faire mal encore longtemps. Et par-delà la plus grande banque de Suisse (où je suis client, donc intérêt supplémentaire!), l'économiste Myret Zaki, journaliste, explique de manière captivante les tenants et aboutissants de la crise qui a secoué le monde depuis 2007, en partant des Etats-Unis. Le traitement du sujet est complet, abordable sans être jamais bêtifiant. Une lecture utile et éclairante, donc, même pour un lectorat français.



































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